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Les conférences de Noyon

2013 : finance et croissance économique

Pour la deuxième année consécutive et dans le cadre de son partenariat avec l’académie d’Amiens, l’IEFP organisait le 21 mars dernier une conférence au lycée Jean Calvin de Noyon en direction des élèves de classe préparatoire. Cette année, le thème était « Finance et croissance économique »  et la conférence animée par Jean-Marc Daniel. Retour sur les principaux points abordés.

Depuis la crise financière de 2007/2008, la finance est au cœur des transformations des économies contemporaines. Pourquoi ? Parce qu’on lui attribue une certaine responsabilité dans la crise économique et financière actuelle, mais cette responsabilité est-elle justifiée ? Question posée à Jean-Marc Daniel, professeur à l’école des Mines et à l’ESCP Europe et directeur de la revue « Sociétal ».

Pour répondre à cette question complexe, JM Daniel revient avant tout sur les origines et le rôle de la finance incarnée par les banques dans notre société.

La finance : l’introduction du temps dans la science économique… 

« L’économie est une science mais on ne le voit pas toujours et cette science a un langage : les mathématiques ». Dans ce contexte, JM Daniel rappelle que la science s’exprime en économie au travers des statistiques et de l’économétrie. « La finance par rapport à l’économie, c’est également l’introduction du temps ». Ce temps est modélisé par des modèles mathématiques pour dégager une tendance sur l’avenir, le futur est-il dans ce contexte rationnellement prévisible ?

À cette interrogation, JM Daniel présente l’œuvre de Nassim Nicholas Thaleb,Le cygne noir, duquel ressortent trois idées fondamentales. Premièrement, « le futur que l’on anticipe n’est jamais que le passé que l’on a vécu ». Concrètement, la finance se base aujourd’hui sur des modèles mathématiques complexes pour dégager des prévisions à long terme. Pourquoi ? Parce que « l’homme a besoin d’un déterminisme absolu et ce déterminisme il le reconstruit […], le déterminisme existe : c’est un produit intellectuel de la démarche humaine ». Or, troisième argument soulevé par Thaleb et repris par JM Daniel : cette démarche de prévision n’est jamais qu’une analyse rétrospective qui repose sur des probabilités. Dans ce cas, un évènement qui ne s’est pas produit par le passé (comme la crise financière de 2008) n’a aucune raison d’être véhiculé par les modèles de prévision : « de temps en temps, il y a des cygnes noirs, c'est-à-dire des évènements extrêmement rares mais dont les répercussions sont conséquentes ».

Une interrogation que se pose aujourd’hui : la finance c’est donc finalement de savoir si le futur est prévisible. Mais dans notre société et à l’instar d’autres économies contemporaines, la Finance est avant tout incarnée par le banquier.

… incarnée par le banquier…

Pour JM Daniel, la finance est aujourd’hui incarnée par le banquier : « c’est lui le porteur de la finance, on le craint parce qu’on ne le comprend pas, et donc on l’encadre ». L’occasion de rebondir également sur la régulation bancaire actuelle et sur la place de l’État dans cette démarche : « le bon encadrement de la banque, ce n’est pas de lui imposer des règles qui sont inapplicables. Adam Smith disait : dans une activité économique, il faut des règles et pour que les règles soient appliquées, il faut qu’elles soient applicables ».

… qui génère de la croissance… 

Rétrospective sur l’évolution de la croissance de 1960 à nos jours 

Rétrospective sur l’évolution de la croissance de 1960 à nos jours

JM Daniel en présentant l’évolution de la croissance de ces cinquante dernières années part du constat que son évolution moyenne suit une tendance baissière marquée par trois fortes récessions successives : en 1975 (premier choc pétrolier), en 1993 et en 2009. Selon lui : « le problème n’est pas un problème de croissance, ni des marchés financiers, le problème est un problème d’épuisement du progrès technique dans des pays comme la France ».

Face à cet épuisement du progrès technique, on a d’abord répondu par l’inflation entre les années 1960 et les années 1980. En effet, « jusqu’aux années 1980, on a augmenté la quantité de monnaie en circulation et laisser filer l’inflation […] on a cru que l’inflation était un moyen de lutter contre la baisse de croissance et le chômage ». À partir des années 1980, on a répondu à l’épuisement du progrès technique par la dette publique « qui est en train d’échouer. Quelle est la part de responsabilité à attribuer à la banque ? ».

Le système bancaire : moteur de la croissance

Pour JM Daniel, il faut avant tout reconsidérer le rôle central des banques dans notre société : « la banque a cela de particulier qu’elle va faire des crédits et qu’en faisant ces crédits, elle va créer de la monnaie, cette monnaie c’est du temps concédé à des gens pour qu’ils puissent réaliser leur projet ». Finalement, le rôle du banquier et donc de la finance dans son rapport avec la croissance est de donner l’opportunité à des entrepreneurs de réaliser leur projets à l’origine d’une stimulation de la croissance économique : « les crédits font les dépôts. C’est par la croyance dans un projet qu’il va y avoir de la croissance économique ».

La croissance économique s’illustre ainsi par la capacité laissée à l’entrepreneur d’incorporer du progrès technique dans l’appareil productif français grâce au temps et donc à la confiance que le banquier lui aura concédée.

… elle-même générée par la confiance 

La confiance crée de la croissance. Tout notre système repose finalement sur deux variables clés : le temps et la confiance, la confiance entre les banques et l’entrepreneur, entre les banques elles-mêmes et entre les banques et les États.

Entre l’entrepreneur et les banques

La croissance repose avant tout sur la confiance entre l’entrepreneur et le banquier. Dans ce cas, la finance s’illustre par le temps accordé par le banquier à l’entrepreneur pour concrétiser ses projets.

Entre les banques

Tous les banques se financent aujourd’hui sur le marché interbancaire. Ce marché et les taux d’intérêt pratiqués reposent sur la confiance des banques entre elles « concrètement, un banquier a une information sur l’appréciation de son travail par ses concurrents au travers du taux d’intérêt qu’on lui fait sur l’overnight (marché interbancaire au jour le jour, ndlr). Cette confiance est renvoyée par le marché, si vous n’inspirez plus confiance, les taux d’intérêt explosent ».

Le banquier incarne ainsi le lien entre finance et croissance puisque d’une part, « il donne du temps aux entrepreneurs par l’intermédiaire du crédit, et leur donnant du temps, ils leur donnent la capacité de générer de la croissance ». D’autre part, sur le marché interbancaire, « il reçoit du temps de ses collègues à la hauteur de la qualité des crédits qu’il consent, l’enjeu de la finance ce n’est donc pas la quantité de monnaie ou des biens en circulation mais la qualité de ces biens, à savoir la capacité à associer à tout acte financier une création future de richesse ».

Entre les banques et l’État

Si la confiance entre les banques et les entrepreneurs et entre les banques elles-mêmes est au cœur du système pour générer de la croissance, c’est également le cas pour la confiance entre les banques et l’État. JM Daniel y trouve d’ailleurs dans ce cas, une explication à la crise financière de 2007/2008 débutée aux Etats-Unis. En élargissant la capacité de crédits des ménages américains, une bulle immobilière s’est progressivement créée. Les banques se sont protégées des risques de non remboursement de ces ménages grâce aux subprimes   Définition Le « subprime » désigne un crédit à risque, détenu par un emprunteur qui n'offre pas les garanties suffisantes pour bénéficier d’un taux d'intérêt au prix du marché. Les établissements financiers prêteurs consentent ainsi des crédits à des taux variables et de niveau élevé. Ces conditions d'octroi font peser un risque de solvabilité sur les emprunteurs. Ce type de crédit hypothécaire est apparu aux Etats-Unis. Le crédit immobilier est ainsi gagé sur le logement de l'emprunteur.
. Or, lorsque la crise financière s’est déclenchée, c’est l’État américain qui est venu au secours des banques. De là, s’ensuit une crise de confiance envers les institutions étatiques qui perdent leur crédibilité sur les marchés en sauvegardant une partie de leur système bancaire grâce à l’injection de plusieurs millions de dollars : « Il faut redéfinir la relation fondamentale entre le prêteur et l’emprunteur. Vous prêtez à quelqu’un sur la base du risque que vous prenez. Soit l’emprunteur a des actifs à vous mettre en regard et dans ce cas, il s’agit d’une activité privée, soit il prend l’engagement de systématiquement honorer sa dette et ça c’est le rôle de l’Etat et de la dette publique. Si cette règle est changée, si l’aléa est introduit, le système explose ».

Selon JM Daniel, on est donc dans un système en crise, où les banques qui normalement génèrent de la croissance par l’intermédiaire de l’octroi de crédits à des entrepreneurs ambitieux se retrouvent paralysées par un manque de confiance entre elles, entre elles et les entrepreneurs et entre elles et les puissances étatiques. Résultat, « dans une phase d’incertitude, les banques ne veulent plus prendre de risques, il faut donc retrouver la fonction de base de la finance ».

Sortir de la crise de confiance et réintroduire du progrès technique dans notre appareil productif 

« Le lien entre finance et croissance, c’est un lien direct, car sans la finance, il n’y a pas de temps, et sans le temps, il n’y a pas de capacité de l’entrepreneur à générer de la richesse. Pour sortir de cette crise de confiance, il faut retrouver de la croissance par la réintroduction du progrès technique et rétablir la confiance dans le système bancaire, créer notamment de vastes marchés bancaires et financiers qui se font concurrence. C’est notamment ce qui ressort du projet européen d’ Union bancaire ».

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Créé le 03 avril 2013 - Dernière mise à jour le 17 février 2014
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