Qu’est-ce que le manganèse ?
Le manganèse (symbole Mn) est un métal gris-blanc, relativement dur mais cassant. Il n’est jamais utilisé à l’état pur mais joue un rôle fondamental en tant qu’élément d’alliage. On l’extrait principalement de minerais oxydés, dont le plus courant est la pyrolusite. Dans la nature, il se présente sous forme de gisements variés, principalement sédimentaires. Une fois extrait, le minerai est le plus souvent transformé en ferro-alliages, comme le ferromanganèse ou le silicomanganèse, qui seront ensuite utilisés dans l’industrie.
Dans quelles industries le manganèse est-il utilisé, et pour produire quoi ?
L’écrasante majorité de la consommation mondiale de manganèse, entre 85 % et 90 %, est destinée à la sidérurgie. Son rôle y est double. Historiquement, il sert d’agent « purificateur » pour l’acier en éliminant l’oxygène et le soufre. Mais sa fonction principale aujourd’hui est celle d’élément d’alliage : il améliore considérablement les propriétés de l’acier, notamment sa dureté, sa résistance à l’usure et sa ténacité. On le retrouve ainsi dans une multitude d’aciers spécifiques : les aciers à haute résistance pour les coques de navires ou les oléoducs, les aciers inoxydables, ou encore l’acier « Hadfield » qui, par sa résistance exceptionnelle à l’abrasion, est irremplaçable pour les aiguillages de voies ferrées. Le secteur automobile en est également un grand consommateur pour les aciers allégés à haute résistance.
Le deuxième grand débouché est celui des piles et des batteries. Sous forme d’oxyde ou de sulfate de haute pureté, il est un composant clé des piles alcalines et des cathodes de certaines batteries lithium-ion. Enfin, le manganèse est utilisé en plus faibles quantités dans des alliages d’aluminium pour en augmenter la résistance à la corrosion (canettes de boisson), dans des alliages de cuivre, ainsi que dans l’agriculture, les pigments ou la catalyse.
Où le manganèse est-il extrait, raffiné ? Combien coûte le manganèse ?
L’extraction du minerai de manganèse est géographiquement concentrée.
Trois pays dominent la production mondiale : l’Afrique du Sud, le Gabon et l’Australie. Des pays comme le Brésil, le Ghana ou la Côte d’Ivoire sont des producteurs secondaires. Il est à noter que la France a des intérêts directs dans ce secteur, via sa participation à l’exploitation minière au Gabon.
La géographie du raffinage est cependant très différente. Si la production de ferro-alliages standards est relativement répartie, celle des produits de haute pureté, indispensables au secteur des batteries, est quasi exclusivement chinoise. La Chine concentre plus de 90 % de la capacité mondiale de production d’alliages de haute pureté.
Comme pour beaucoup de matières premières, les prix du manganèse sont volatils. Après un pic à près de 6 dollars par unité de tonne métrique sèche ($/dmtu) mi-2024, dû notamment à des perturbations de production en Australie, le prix du minerai s’est normalisé. En février 2026, il se situe autour de 4,5 $/dmtu pour le minerai livré en Chine, qui sert de référence (en fait, les prix sont souvent affichés en yuan/dmtu).
Quels sont les enjeux économiques et politiques ?
Le marché du manganèse est marqué par une forte dépendance à la santé du secteur de l’acier, dont la cyclicité se répercute directement sur les prix. Le principal enjeu stratégique réside toutefois dans la structure de la chaîne de valeur. La concentration extrême de la Chine dans le raffinage crée un risque de « point de défaillance unique » pour les chaînes d’approvisionnement des industries automobiles européenne et américaine, très dépendantes de ces matériaux pour leurs batteries.
Face à ce risque, les différentes puissances ajustent leur stratégie. L’Union Européenne a intégré le manganèse de qualité batterie dans sa liste de matières premières critiques et s’est fixée des objectifs ambitieux pour 2030 : extraire 10 % de ses besoins, en transformer 40 % et en recycler 25 % sur son territoire. Des projets, comme celui de Chvaletice en République Tchèque, bénéficient ainsi d’un soutien politique pour accélérer leur développement. En parallèle, les pays producteurs cherchent à capter plus de valeur. Le Gabon, par exemple, a annoncé son intention d’interdire les exportations de minerai brut d’ici 2029 pour favoriser sa transformation sur place. Enfin, la production reste soumise à des aléas logistiques, comme les performances du réseau ferroviaire et portuaire en Afrique du Sud, qui peuvent limiter la capacité d’exportation du pays.
Quels sont les enjeux environnementaux ?
L’empreinte environnementale de la production de manganèse est significative, et varie fortement selon les procédés et les régions. La transformation du minerai en alliages et, plus encore, en métal de haute pureté, est très énergivore. L’impact carbone de la production dépend donc crucialement du mix électrique utilisé : une production s’appuyant sur de l’hydroélectricité aura une empreinte bien plus faible que celle alimentée par des centrales à charbon. Au niveau de l’extraction, les principaux défis concernent la gestion des résidus miniers et des ressources en eau.
Des solutions émergent pour réduire cet impact. D’une part, certains producteurs, notamment en Europe, développent des procédés de fabrication de produits de haute pureté dits « bas carbone » en optimisant leur consommation d’énergie et en utilisant une électricité décarbonée. D’autre part, le recyclage offre une voie prometteuse. Si le manganèse contenu dans l’acier est déjà recyclé en même temps que la ferraille (de manière « dissipative »), le véritable enjeu est celui des batteries. Les technologies d’hydrométallurgie permettent de récupérer le manganèse des « black mass » (résidus de broyage de batteries) avec de hauts rendements, bien que la rentabilité économique de ces procédés dépende encore de la valeur des autres métaux présents.
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