Rien ne se perd, tout se transforme
L’économie circulaire promeut un nouveau modèle économique, fondé sur la réduction des déchets. Il s’agit de jeter le moins possible en réutilisant ou réparant pour diminuer la quantité de déchets produits. Par opposition à l’économie « linéaire » qui est la nôtre, où un bien est produit, consommé, puis jeté, l’économie circulaire vise à la fois à réduire la consommation de matières et à réemployer les déchets de l’industrie. Dans une économie circulaire, les déchets (produits en fin de vie ou rebuts issus du processus de production) deviennent des ressources, employées pour produire de nouveau ou autre chose.
La mise en place d’une économie circulaire suppose de mettre fin à la pratique de l’obsolescence programmée des biens : une pratique qui consiste à réduire (à dessein ou par négligence) la durée de vie d’un appareil.
La loi AGEC s’y attaque directement : elle a imposé un indice de réparabilité sur les appareils électroniques dès 2021, remplacé depuis janvier 2025 par un indice de durabilité plus complet, et interdit aux fabricants de bloquer la réparation d’un appareil via une mise à jour logicielle.
L’économie circulaire expliquée en vidéo
L’économie circulaire : un enjeu majeur
L’économie circulaire répond aujourd’hui à un enjeu majeur, celui de s’adapter à la raréfaction des matières premières non renouvelables. Alors que les matières rares indispensables à de nombreuses industries (par exemple le nickel ou le cuivre dans les batteries de téléphones) s’épuisent, ou se concentrent dans quelques pays, l’économie circulaire encourage la réutilisation des rebuts encore utiles.
Elle cherche ainsi à la fois à préserver les ressources et à réduire les déchets. Dans l’idéal, les matières premières seraient utilisées en boucle pour produire de nouveaux biens.
Le second enjeu, apparu avec une acuité nouvelle depuis la guerre en Ukraine, est celui de la souveraineté. L’Union européenne importe aujourd’hui la quasi-totalité de certaines matières critiques (terres rares, bore, platine) auprès d’un nombre très limité de pays. Dans ce contexte, recycler davantage, c’est aussi dépendre moins. Le règlement européen sur les matières premières critiques, adopté en 2024, fixe précisément l’objectif que 25 % de ces matières soient issues du recyclage d’ici 2030.
Desso, un spécialiste hollandais de revêtements de sol de bureau, récupère les dalles de ses clients pour en séparer la base et les fibres. Un partenaire sous-traitant recrée à partir de là la matière qui est employée pour un nouveau cycle de production. La gamme Écobase de Desso est ainsi recyclée à l’infini.
L’économie d’usage
Plus largement, repenser les modes de production et de consommation passe par ce que certains économistes appellent une « économie d’usage » : plutôt que de vendre un bien, on vend l’accès à son usage, ce qui incite le fabricant à concevoir des produits durables et réparables.
Pour les partisans de l’économie circulaire, ce modèle satisfait à la fois les considérations écologiques et l’intérêt économique de chacun. L’industrie évite ainsi d’épuiser les ressources indispensables à son activité, les entreprises font des économies en réutilisant les déchets de leur production ou en les revendant, les ménages réduisent le gaspillage.
L’économie circulaire et le travail
L’économie circulaire est aussi présentée comme créatrice d’emplois, en développant des filières de réparation, de reconditionnement et de recyclage qui ne se délocalisent pas.
En France c’est plus de 500 000 emplois directs en 2025 et un potentiel estimé à 11 000 créations supplémentaires d’ici à 2030 dans les seuls secteurs de l’eau et des déchets. En théorie, la société dans son ensemble bénéficie de la diminution d’achats de matières premières et de l’économie qui découle de la diminution des coûts d’enfouissement ou de suppression des déchets. D’après les soutiens de l’économie circulaire, il est dans l’intérêt même des industries productrices de déchets de recycler et réutiliser.
Le Forum économique mondial estime que le modèle circulaire pourrait générer jusqu’à 4 500 milliards de dollars de bénéfices économiques mondiaux d’ici 2030.
Néanmoins cette démarche n’est pas exempte de critiques.
Une économie circulaire qui tourne en rond ?
Les résultats concrets restent mitigés. Le taux de recyclage des déchets plastiques en France s’établissait à environ 25 % en 2022 (l’un des plus faibles de l’Union européenne) contre un objectif de 65 % fixé pour 2025. Les taux de réemploi, eux, stagnent à des niveaux très bas : moins de 1 % des emballages ménagers sont réemployés. Un rapport du Sénat publié en 2025, cinq ans après la loi AGEC, tirait un bilan lucide : la prise de conscience est réelle, mais beaucoup d’objectifs restent hors de portée à court terme.
Il faut souligner le caractère aujourd’hui utopiste du projet de l’économie circulaire. Les limites technologiques actuelles rendent illusoire un recyclage à 100 % (le plastique par exemple ne se recycle qu’une fois). Le recyclage chimique, en plein développement, offre de nouvelles perspectives mais reste coûteux et peu déployé à grande échelle. Il faut aussi être conscient qu’à chaque étape du processus, y compris le recyclage, la transformation consomme de l’énergie. L’économie circulaire ne produit pas zéro déchet, et n’est pas un cycle non polluant pour autant.
L’économie circulaire ne se conçoit pas sans une évolution de la façon dont les biens sont conçus. Elle suppose de mettre un terme aux pratiques d’obsolescence programmée. Il faut que le recyclage ait été prévu dès la conception initiale des produits par l’industrie : tout n’est pas recyclable, n’importe comment et sans limite, les entreprises doivent utiliser au départ des matériaux recyclables ou employables par une autre industrie (ce qui n’est pas forcément dans leur intérêt économique).
L’économie circulaire ne se résume pas à du recyclage, mais l’englobe dans un projet plus large de repenser la façon dont on produit.
Bel article. Cependant, dans les critiques, il convient de relever que le recyclage n’est pas la seule prochaine étape du plastique. Il peut être valorisé. Par exemple, il peut servir à prduire du carburant ou de l’énergie électrique par procédé pyrolytique (moins polluant). Le carburant obtenu à partir du plastique peut permettre à son tour de produire encore du plastique. Ce qui boucle la boucle. En résumé, il convient d’envisager les 7 piliers dans le processus de l’éco-conception du produit ou du service. L’innovation est au coeur de l’économie circulaire
Ce type d’article est très pédagogique.
Un grand merci.
Brillant.
Un admirateur secret.