3ème débat : très spéculatifs ?

la finance pour tous

En 2012, une discussion par courrier s’était tenue entre HDF Finance et La finance pour tous sur le rôle et la définition des hedge funds. Nous retranscrivons les arguments respectifs échangés à l’époque, qui restent largement d’actualité. Troisième sujet de débat : la spéculation.

La finance pour tous disait :

« A la différence des fonds d’investissement destinés au grand public, une part importante des fonds peut être investie en actifs illiquides ou complexes. Ils utilisent massivement les techniques permettant de spéculer sur l’évolution des marchés, à la baisse comme à la hausse (utilisation massive de produits dérivés, de la vente à découvert et de l’effet de levier). »

Le commentaire d’HDF Finance :

  • L’emploi du mot massif est exagéré : l’utilisation massive de ces techniques est rare, un HF cherche avant tout à protéger ses investisseurs.

  • Spéculer signifie prendre trop de risques, or les HF présentent un profil rendement/risque meilleur que la gestion traditionnelle.

  • Le HF est indépendant : s’il prend trop de risques, il disparait.

  • Un HF ne vit que par ses clients.

La réponse de La finance pour tous :

En décembre 2006, lors d’une conférence organisée à Paris sur la problématique des hedge funds, Michel Prada, alors président de l’AMF, expliquait que le terme de hedge fund était trompeur.

Il définissait quelques caractéristiques communes des hedge funds au-delà d’une grande diversité de stratégie. Parmi ces caractéristiques communes : l’utilisation intensive du recours à l’effet de levier et l’utilisation illimitée par les gérants de hedge funds des produits dérivés ou des techniques financières leur permettant des ventes à découvert (caractéristiques de la spéculation et que nous avons repris dans notre définition).

Quelques extraits du texte de Michel Prada :

« Le concept même des hedge funds mériterait d’être préalablement défini…Le terme de hedge fund en lui-même est trompeur. Sa traduction littérale en français est fonds de « couverture »,( lien avec mot du dico) ce qui tend à limiter théoriquement l’intervention des hedge funds à l’activité « d’arbitrage ».

Or, ces fonds utilisent, en fait, des techniques de gestion de plus en plus diversifiées, dites techniques de gestion alternative, qui permettent de spéculer, au sens premier du terme, sur l’évolution future des marchés, bref de prendre des risques de tendance. Et cela sur les marchés les plus divers, aux caractéristiques de liquidité et de transparence très variables, du marché du gaz naturel à celui de l’art contemporain, en passant par celui des devises…

Selon nos études, aucun de nos principaux homologues n’a adopté une définition légale, précise et formelle du terme de hedge funds. On s’accorde cependant en général, pour attribuer aux hedge funds certaines caractéristiques communes :

  • absence des restrictions traditionnellement imposées aux fonds d’investissement grand public en matière de diversification et de négociabilité des actifs financiers, ce qui leur permet d’acquérir de manière significative des actifs illiquides ou complexes ;

  • utilisation illimitée par les gérants de hedge funds des produits dérivés ou des techniques financières leur permettant des ventes à découvert ;

  • utilisation intensive par les gérants des effets de levier grâce aux financements fournis par es prime brokers (lien avec mot du dico);

  • commissions de superformance significatives constituant un puissant moteur de motivation pour les gérants pour prendre, ou plutôt faire prendre à leurs fonds, des risques de marché importants ;

  • parts des fonds souvent non rachetables à tout moment par les investisseurs, qui bénéficient toutefois de « fenêtre de tirs » pour revendre leurs parts à des moments prédéterminés, par des règles de lock-up propres à chaque fonds.

Donc, même si, il n’existe pas de définition harmonisée du terme de hedge fund, un consensus international existe bien, entre régulateurs, pour caractériser les hedge funds en fonction des critères que je viens d’évoquer…»

    4 commentaires sur “3ème débat : très spéculatifs ?”
    1. A propos des HF, vous citez Michel Prada qui indique :
      – utilisation illimitée par les gérants de hedge funds des produits dérivés ou des techniques financières leur permettant des ventes à découvert
      – commissions de superformance significatives constituant un puissant moteur de motivation pour les gérants pour prendre, ou plutôt faire prendre à leurs fonds, des risques de marché importants

      Je trouve ces commentaires inquiétants. Pourriez vous expliciter un peu plus ce qu’est un HF ?
      – qui sont leurs clients ? des particuliers ?
      – quelle est l’origine de l’argent qu’il gèrent ? est-ce une partie de l’épargne des particuliers (assurance vie par exemple ?)
      – quel est le bilan global de leur activité (tous HF confondus) : gains ou pertes ?

      Au delà de savoir si leur activité est plus ou moins risquée ou rentable qu’un autre acteur de la finance, je m’intéroge sur la plue value qu’ils amènent… ou dit autrement, sur leur capacité de nuisance…

      Pourrait-on imaginer d’interdire un jour ce type d’activité ? quelle seraient les conséquences ?

      merci

      1. Bonjour,
        Les hedge funds sont des fonds spéculatifs réservés à des investisseurs avertis. Utilisant des méthodes de gestion alternatives, ils mènent le plus souvent des stratégies particulièrement agressives d’investissement, combinant des montages complexes, des ventes à découvert et le recours à des effets de levier. Les défenseurs de ces fonds insistent sur leur capacité à réaliser des arbitrages et ainsi à contribuer à la liquidité et l’efficience des marchés financiers. Ces fonds répondent également aux préférences de certains investisseurs, en termes de risque notamment. Pour leurs détracteurs, en revanche, les risques pris par ces hedge funds, difficiles à évaluer mais souvent très élevés, font peser un danger sur la stabilité financière globale. Ce risque est d’autant plus grand que les hedge funds fonctionnent de manière opaque et non transparente. Ce manque de transparence rend l’évaluation des performances des hedge funds particulièrement délicate. L’ouvrage « Hedge fund : structure, strategies, and performance » (2007) indique un rendement mensuel moyen de 0,5 % pour l’ensemble des hedge funds en activité entre janvier 1994 et mars 2016. Ce chiffre agrégé masque, évidemment, une forte hétérogénéité selon les fonds et/ou selon les années considérées.
        Meilleures salutations,
        L’Equipe de Lafinancepourtous.com

        1. merci pour votre réponse.
          Pouvez vous compléter sur la question de l’origine de l’argent qu’ils gèrent (épargne des particuliers ?) et qui sont leurs clients (des particuliers ?) ?
          merci

      2. Bonjour,

        Les hedge funds gèrent des fonds émanant principalement d’investisseurs avertis. Il peut, dès lors, s’agir d’investisseurs institutionnels, comme des fonds de pension, ou encore de particuliers, dont le patrimoine est élevé et le goût face au risque particulièrement développé.

        Meilleures salutations,

        L’Equipe de Lafinancepourtous.com

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