La structure du marché du nickel est en plein bouleversement, tirée par la domination écrasante d’un acteur majeur et les stratégies des puissances consommatrices pour sécuriser leurs approvisionnements. Analysons les facettes de ce métal stratégique.
Qu’est-ce que le nickel ?
Le nickel (symbole Ni) est un métal que l’on trouve dans la croûte terrestre, mais rarement à l’état pur. Dans les gisements miniers, il est le plus souvent associé à d’autres éléments comme le fer, le cuivre, le chrome et surtout le cobalt. Cette association a des implications importantes sur les chaînes de production : une part significative de l’offre de certains métaux dépend directement de l’extraction du nickel.
À titre d’exemple, environ 38 % du cobalt extrait dans le monde provient de mines dont l’activité principale est le nickel, illustrant l’interdépendance de ces filières.
Dans quelles industries est utilisé le nickel ?
L’usage principal du nickel, et de loin, est la fabrication d’acier inoxydable (inox), qui représente entre 65 % et 70 % de sa consommation mondiale. Incorporé à l’acier, il lui confère des propriétés cruciales de résistance à la corrosion, de ductilité (capacité à être déformé sans se rompre) et de solidité. Ce débouché historique reste le pilier du marché.
Cependant, la demande la plus dynamique provient du secteur des batteries pour véhicules électriques. Représentant environ 14 % de la consommation en 2024, le nickel est un composant clé des cathodes des batteries lithium-ion de type NMC (Nickel-Manganèse-Cobalt) et NCA (Nickel-Cobalt-Aluminium). Bien que sa croissance soit freinée par la popularité croissante de technologies alternatives comme les batteries LFP (Lithium-Fer-Phosphate), son rôle dans la transition énergétique demeure central.
Enfin, le nickel est également utilisé dans des applications de pointe comme les superalliages pour l’aéronautique et le secteur de l’énergie, la catalyse chimique ou encore la galvanisation.
Où est extrait et raffiné le nickel ?
La géographie de la production de nickel a été radicalement transformée au cours de la dernière décennie. L’Indonésie s’est imposée comme le leader incontesté, assurant près des deux tiers (environ 63 %) de la production minière mondiale en 2024, une part qui devrait continuer de croître.
Cette expansion fulgurante a été rendue possible par des investissements massifs, notamment chinois, dans des techniques de production intégrées. Derrière ce géant, on trouve d’autres producteurs importants comme la Chine, les Philippines, la Russie, le Canada et l’Australie. La France, via la Nouvelle-Calédonie, est également un acteur historique, mais sa production est aujourd’hui en grande difficulté.
Cette offre abondante pèse lourdement sur les prix. Après avoir connu une forte volatilité, les cours se sont stabilisés à des niveaux bas. Début février 2026, le prix du nickel sur le London Metal Exchange (LME) évoluait autour de 16 000 dollars la tonne, après avoir atteint un plancher aux alentours de 13 900 dollars en avril 2025. Ces prix sont le reflet direct d’un marché en surplus structurel, où l’offre dépasse la demande, entraînant une hausse des stocks dans les entrepôts des bourses de métaux.
Quels sont les enjeux économiques et politiques ?
Le marché du nickel est actuellement défini par une tension majeure : d’un côté, une surproduction massive orchestrée par l’Indonésie, et de l’autre, la souffrance des producteurs historiques. Le prix actuel se situe en dessous des coûts de production de nombreux acteurs en Australie ou en Nouvelle-Calédonie, les forçant à réduire leur activité, voire à fermer des sites. La situation en Nouvelle-Calédonie est emblématique : l’usine de Koniambo a cessé ses opérations en 2024, et les autres grands opérateurs ne survivent que grâce au soutien de l’État français et des actionnaires.
Face à cette situation, des stratégies politiques se dessinent. L’Indonésie, consciente de sa position dominante, a laissé entendre qu’elle pourrait mettre en place des quotas d’exportation pour soutenir les cours, une manœuvre qui renforcerait son emprise sur le marché. En réaction, les blocs consommateurs cherchent à réduire leur dépendance. L’Union Européenne, par exemple, a intégré le nickel de qualité « batterie » dans sa liste de matières premières stratégiques (CRMA). En mars 2025, elle a ainsi sélectionné douze projets liés au nickel (extraction, traitement, recyclage) afin d’atteindre ses objectifs de souveraineté pour 2030 : 10 % de la consommation issue de l’extraction locale, 40 % du raffinage et 25 % du recyclage.
Quels sont les enjeux environnementaux ?
Les enjeux environnementaux liés au nickel sont significatifs et hétérogènes. L’empreinte carbone de sa production varie énormément selon la méthode utilisée. Les procédés pyrométallurgiques, massivement employés en Indonésie pour traiter les minerais de latérite, sont très intensifs en énergie et donc fortement émetteurs de CO2. À l’inverse, le traitement des minerais sulfureux, plus courant dans des pays comme la Russie ou le Canada, présente une empreinte carbone bien plus faible. Les ordres de grandeur peuvent aller de 7 tonnes de CO2 par tonne de nickel pour les filières les plus performantes à des niveaux bien supérieurs pour le nickel indonésien, notamment en fonction du mix électrique utilisé.
Au-delà du climat, l’impact local de l’extraction est une préoccupation majeure. La gestion des résidus miniers, souvent acides et chargés en métaux lourds, pose des défis techniques et environnementaux, particulièrement en milieu tropical. Bien que l’Indonésie ait interdit la pratique du rejet des résidus en mer profonde, des organisations non gouvernementales alertent régulièrement sur les conséquences de l’activité minière : déforestation, pollution des eaux côtières par sédimentation et menaces sur la biodiversité. Face à ces défis, le recyclage apparaît comme une solution d’avenir.
Le nickel se recycle indéfiniment sans perdre ses propriétés, et la boucle de l’acier inoxydable est déjà très efficace. La filière du recyclage des batteries, encore émergente, est appelée à se développer rapidement, notamment en Europe où la réglementation imposera des taux croissants de contenu recyclé dans les batteries neuves.
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