Redistribution et inégalités en France

la finance pour tous
Noam Leandri est président de l'Observatoire des inégalités. Il répond ici aux questions de la Finance pour tous.

Le système de redistribution français permet-il de réduire significativement les inégalités ?

Pour rappel, le système de redistribution tel qu’il est organisé en France consiste à redistribuer chaque année la moitié de la richesse nationale créée pour ensuite la reverser sous forme de prestations monétaires ou de services publics (écoles, santé, construction et entretien des routes, etc.).

Selon N. Leandri, ce système permet de réduire significativement les inégalités rappelant que « la France est un pays où les inégalités sont  parmi les plus faibles des pays riches« . Cette efficacité repose à la fois sur les recettes (impôts et taxes) et les dépenses de l’État. Du côté des recettes, c’est le principe de l’impôt progressif qui permet d’assurer une redistribution plus égalitaire des revenus. Sur ce point, N. Leandri déplore néanmoins la réduction du niveau de progressivité du barème des impôts donnant ainsi naissance à un « système fiscal moins redistributif que dans le passé« . Selon lui, c’est du côté des dépenses que le système fiscal contribue le plus efficacement à réduire les inégalités. En effet, les recettes, initialement prélevées par l’Etat, vont être reversés sous forme de prestations monétaires, des remboursements de soin par exemple. Elles vont également permettre de financer des services publics gratuits tel que l’enseignement. Dans l’ensemble, ce système de redistribution « parvient à réduire par trois les niveaux d’inégalité de revenu initial« . Autrement dit, l’écart de revenu entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres, qui s’élève initialement à 7, est ramené à 2,5 grâce à ce système.

La France serait donc un exemple à suivre en matière de réduction des inégalités ? Pas si sûr. Si on peut comparer les inégalités dans l’espace, c’est à dire par rapport à d’autres pays, on peut également les comparer dans le temps, rappelle N. Leandri.Dans l’espace, « il se trouve que la France est un pays peu inégalitaire, mais dans le temps, on constate que malheureusement il existe une forte progression des inégalités« . En effet, même si le système actuel est « fortement distributif, plutôt performant […] il y a encore un certain nombre de marges de manœuvre liées à un certain nombre de situations inacceptables […] telles que la très forte pauvreté, et à l’inverse de très grands niveaux de richesse« . 

La crise a-t-elle contribué à renforcer les inégalités ?

En partie responsable de ce rebond des inégalités en France ces dernières années, la crise financière. Pourtant dans les premiers temps de la crise, « les inégalités on eu tendance à reculer. Pourquoi ? Parce que […] tous ceux qui étaient détenteurs de patrimoine, généralement des personnes aux revenus élevés, ont vu leur patrimoine baisser et donc leur revenu diminuer« . Cette crise financière s’est ensuite déclinée en une crise économique impactant négativement la plupart des indicateurs conjoncturels tels que l’emploi. Résultat,  « alors que l’on avait dans la crise une progression des inégalités par le haut, c’est à dire par les hauts revenus […], aujourd’hui, on assiste à une progression des inégalités par le bas, par le creusement des revenus des plus modestes » déplore N. Leandri.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, la moitié du patrimoine en France est détenu par les 10 % les plus aisés, les 90 % restants se partageant l’autre moitié. Notamment mise en cause, une transmission plus forte de patrimoine entre générations privilégiées. Autrement dit, les personnes les plus aisés se transmettent leur richesse d’une génération sur l’autre lissant ainsi le pouvoir redistributif du système sur plusieurs décennies.

Pour éviter cette reproduction intergénérationnelle des inégalités, l’un des leviers d’action prioritaire retenu par N. Leandri est celui du système scolaire : »en France, on possède un système éducatif parmi les plus inégalitaires des pays avancés » citant plusieurs études réalisées sur cette thématique par l’OCDE. Concrètement, les chances de réussite à l’école sont trop fortement dépendantes des origines sociales : le système éducatif  « ne fait que reproduire les inégalités sociales au lieu de les corriger ce qui est normalement son rôle« . 

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