Modern Monetary Theory (MMT)

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Selon la Modern Monetary Theory (MMT), il serait possible pour un État de dépenser autant qu’il le souhaite puisqu’il a le pouvoir de créer la monnaie dont il a besoin. Cette approche, qui gagne en popularité aux États-Unis, a néanmoins de très nombreux détracteurs.

MMT : une vision hétérodoxe de la politique économique

La MMT vient des États-Unis où elle a gagné en popularité à gauche de l’échiquier politique. L’économiste Stephanie Kelton, parmi les partisans les plus connus de cette approche, est également conseillère économique de Bernie Sanders, candidat de l’aile gauche du parti démocrate. Du fait de son origine américaine, le terme de Modern Monetary Theory n’est généralement pas traduit en français et l’abréviation MMT est communément utilisée en Europe.

Selon Stephanie Kelton, la MMT est un courant de pensée selon lequel la monnaie est un monopole public. Comme elle est émise par l’État, celui-ci ne peut donc jamais être contraint à la faillite, contrairement à une entreprise ou un ménage.

L’implication concrète de la MMT est que l’État peut dépenser sans limite puisqu’il pourra toujours financer sa dette par de la création monétaire. Ainsi, il devient possible de financer la transition énergétique ou des mesures sociales en créant simplement la monnaie dont l’État a besoin.

Cette vision, bien qu’elle connaisse une médiatisation croissante, reste une approche hétérodoxe de l’économie et fait face à de nombreuses critiques.

La MMT est-elle la « recette du désastre » ?

Il est généralement admis que l’État ne doit pas financer son déficit par la création monétaire (ou la « planche à billets »), car cela génèrerait de l’inflation. Cependant, avant la pandémie de Covid-19, l’inflation restait à des niveaux très faibles, inférieurs à 2 % dans les principaux pays développés. Les partisans de la MMT en concluaient que l’inflation n’était plus un problème et que l’État pouvait, sans risque inflationniste, financer ses dépenses par la création monétaire.

L’économiste Larry Summers, même s’il défend une hausse des dépenses publiques pour financer des investissements publics, qualifie la MMT de « théorie vaudou » et de « recette du désastre ». Selon lui, les dépenses publiques doivent être financées par des recettes fiscales (aujourd’hui ou dans le futur) et non par de la création monétaire. La MMT, si elle était mise en place, conduirait selon lui à une hausse de l’inflation et à une chute du dollar, avec des conséquences dommageables, comme cela s’est vu dans les pays d’Amérique latine qui ont financé le déficit public par la création monétaire (comme le Venezuela).

Le prix Nobel Paul Krugman, qui partage généralement les vues keynésiennes de Larry Summers, se montre également sceptique vis-à-vis de la MMT. Selon lui, une forte hausse de la dépense publique financée par la création monétaire (qui peut être justifiée pour financer certains programmes socialement utiles) conduirait soit à une hausse de l’inflation, soit à une hausse des taux d’intérêt. Autrement dit, les gains en termes d’emploi ou d’investissement dus à la hausse des dépenses publiques seraient compensés par une baisse de la consommation (le pouvoir d’achat de la population serait rogné par l’inflation) ou de l’investissement privé (la hausse des taux d’intérêts limiterait l’investissement des entreprises).

Autrement dit, la capacité de production d’une économie étant limitée, il serait illusoire de prétendre créer plus de richesses en créant uniquement plus de monnaie.

    6 commentaires sur “Modern Monetary Theory (MMT)”
      1. Bonjour,
        L’identité comptable que vous mentionnez est effectivement reconnue par l’ensemble des économistes, car elle découle directement de la comptabilité nationale. La somme des capacités et besoins de financement des trois secteurs (public, privé domestique, reste du monde) est nécessairement nulle, puisque toute dépense de l’un est un revenu pour un autre.
        L’extension des flux vers les stocks est logique puisque les stocks ne sont que l’accumulation des flux passés (aux effets de valorisation près). L’identité en stocks s’écrit ainsi : patrimoine financier net des ménages + patrimoine financier net des entreprises + dette publique nette + position extérieure nette = 0.
        Donc, il est exact, sur le plan comptable, qu’un accroissement de la dette publique a pour contrepartie un enrichissement financier net d’autres agents. Il y a à la fois des résidents et des non-résidents (dans le cas de la France, environ 50/50).
        Mais c’est après qu’il y a un glissement des identités comptables à la théorie économique (et souvent, ce glissement n’est pas explicité). Déduire que « plus la dette publique augmente, plus les ménages s’enrichissent » est trompeur, pour deux raisons nous semble-t-il :
        • D’abord par ce que la dette publique est également une charge, qui pèsera ensuite sur les ménages (et les entreprises). Pour un partisan de la MMT, cette charge n’est qu’illusoire, car un État qui emprunte dans sa monnaie n’aura jamais de contrainte de remboursement.
        • Surtout, parce que justement cet enrichissement est comptable, et pas forcément réel. Sans entrer dans des controverses théoriques profondes sur la distinction économie réelle / économie monétaire, et sans remettre en question le rôle crucial de la monnaie dans nos économies, il faut garder en tête qu’in fine, l’enrichissement au sens courant qui permet la prospérité est une augmentation des biens et des services produits pour la population. Pour prendre un exemple caricatural : si l’État emprunte 5 000 milliards d’euros aux ménages pour payer des fonctionnaires à creuser puis reboucher des trous, certes la richesse des ménages au sens comptable a augmenté, mais pour autant il serait drôlement audacieux d’en conclure à une augmentation de la prospérité / du bien-être.
        Nous préparons une refonte de l’article sur la MMT, qui sera beaucoup plus détaillé et précis. C’est une théorie qui a une grande cohérence interne et qui permet de dégager des relations puissantes, mais elle est parfois surinterprétée.
        Meilleures salutations,
        L’équipe de Lafinancepourtous

        1. Merci pour cette réponse. Encore une précision svp.
          Le déficit du commerce extérieur de la France oscille annuellement entre 50 et 100 milliards d’euros.
          Cela a-t-il un sens de le cumuler sur plusieurs année et de parler de la dette totale du commerce exterieur ?
          et quelle est la définition ou la valeur de la « position extérieure nette » ?
          merci

    1. L’équation fondamentale mise en avant par les partisans de la MMT est que la somme des soldes doit toujours être égale à zéro.
      Solde Public + Solde Privé (particuliers + entreprises) + Solde Extérieur = 0
      Cette équation ne serait pas contestable par aucun économiste.
      Etes vous d’accord ?
      Cette équation (en solde) peut-elle être étendu au stock à savoir, dans le cas de la France :
      Dette publique = épargne privée des ménages – dette des entreprises – dette extérieure
      La notion de dette extérieure (cumulée) a-t-elle un sens ou parle-t-on seulement de déficit extérieur annuel ?
      Si l’équation en stock a un sens, cela interpelle car dans le cas de la France, on en conclut que plus la dette publique s’accroît, plus les ménages s’enrichissent.
      Merci de votre réponse et commentaire.

    2. Bonjour. Merci pour vos publications.
      Dans le cas de la MMT, je me demande si… plutot que de citer des lauréats de la Banque de Suède, (celle qui attribue le faux « prix Nobel » d’économie, contre la volonté de la famille Nobel), il ne serait pas plus informatif et utile d’indiquer à quelles conditions la MMT pourrait ne pas être une « recette du désastre », par exemple et entre autres:
      * s’affranchir de la soumission aux marchés financiers…
      * instaurer un controle des mouvements de capitaux > 100 000 ou 500 000 E…
      * Liste à compléter par les experts impartiaux et indépendants qui, j’imagine… publient « La Finance pour tous ».

      1. Bonjour,
        Ce que vous évoquez fait l’objet de la première section de cet article.
        Meilleures salutations,
        L’Equipe de Lafinancepourtous.com

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