La crise de la finance globalisée

la finance pour tous

Cette interview a été réalisée en 2010. Le contenu de ce décryptage doit être considéré dans ce contexte.

L’économie mondiale a été secouée en 2008 par une crise d’une rare violence, plus brutale que les crises qui avaient secoué la finance mondiale à la fin des années 1990. Anton Brender et Florence Pisani détaillent les causes de ces turbulences dans leur livre « La crise de la finance globalisée ».

 


Avec la crise, l’apport de la globalisation financière peut être légitimement mise en question, soulignent d’entrée de jeu les auteurs. « Est-elle un volcan mal éteint dont il faut à tout prix se protéger ? Où est elle au contraire une force qui, domestiquée, pourrait être mise durablement au service de la croissance ? »

Leur réponse est nette. Ils ne souhaitent ni une remise en cause de la libéralisation des mouvements de capitaux, ni la fin de la titrisation qui ont été les deux piliers inséparables de la globalisation financière telle qu’elle s’est imposée progressivement dans les dernières décennies.

Pour autant « mettre la finance globalisée au service durable de la croissance » n’est pas retourner au « business as usual ». Pour Anton Brender et Florence Pisani cela suppose, au contraire, la mise en œuvre d’un vaste programme de réformes ambitieuses.
Ils en dressent le panorama dans le dernier chapitre de leur livre sur la base d’une analyse des mécanismes de la globalisation financière et de la crise conduite dans les chapitres précédents.

Chaîne de prises de risques

La finance joue un rôle crucial pour la croissance : elle organise le transfert de l’épargne et celui des risques liés à son investissement.
Le véritable « système bancaire alternatif » qui s’est développé aux Etats-Unis a permis la mise en place d’une chaîne de prise de risques capable de servir d’intermédiaire, comme les banques classiques entre préteurs et emprunteurs. Il a non seulement permis aux pays émergents et en premier lieu la Chine, d’exporter leur épargne excédentaire mais aussi de prendre en charge les risques que ceux-ci ne voulaient pas prendre.
Sauf que progressivement la concentration des risques et l’endettement pour la prise de risques sont devenus excessifs conduisant à la catastrophe que l’on sait. Au bout du compte, la mécanique de la finance globalisée n’a pas bien orienté l’épargne excédentaire des pays émergents. Pour la mettre au service d’une croissance durable, il y avait mieux à faire que de s’en servir pour financer les investissements et la consommation de ménages occidentaux dont les revenus étaient insuffisants pour payer les charges de leurs dettes.

Trois niveaux d’intervention publique

Pour les auteurs, la cause de la crise est moins la globalisation elle même que les politiques publiques qui l’ont – ou plus précisément ne l’ont pas accompagnée. « L’idéologie des promoteurs de la globalisation a fait oublier que la finance laissée à elle-même mène régulièrement au désastre ».

Selon eux, l’indispensable intervention publique doit se faire à trois niveaux : la régulation des activités financières est la plus souvent évoquée, mais elle doit aussi s’étendre à la l’architecture du système globalisé et à la surveillance macro-économique. Un développement suffisant d’infrastructures de financement et de prise de risque, dans chaque économie, y compris celle de pays émergents comme la Chine est, notamment, nécessaire pour permettre à l’épargne de circuler sans trop de heurts dans l’économie mondiale.

Comme dans tous les ouvrages d’Anton Brender et de Florence Pisani, l’analyse est conduite avec un grand sens de la pédagogie. Mais la technicité de certains développements rend parfois la lecture assez ardue.

Anton Brender et Florence Pisani enseignent à l’université Paris-Dauphine et sont Economiste chez Dexia Asset Management. Ils ont notamment publié dans la même collection « Les déséquilibres financiers internationaux » (2007).

    2 commentaires sur “La crise de la finance globalisée”
    1. Crise des subprimes : j’ai du mal à comprendre comme les « chinois » ont pu sortir indemne de la crise des subprimes alors qu’il est dit que leur épargne ont financés…
      La Chine avait, a des avoirs en dollars qui se sont accumulés au fil du temps. La Banque Centrale Chinoise détient ces dollards, qu’elle a préféré convertir en bons du trésors américains, aussi sûrs mais plus rémunérateurs. Ce mécanisme n’est pas directement lié aux subprimes.
      Les 600 milliars de déficit américain sont loin d’être neutre… bonjour les liquidités balladeuses qui ne demandent qu’à se réemployer.
      Dire que la finance globaliser a permi de renforcer la croissance, c’est vrai tant qu’on est capable de rembourser les sommes empruntés. Heureusement qu’on ne prête qu’aux riches.

      Pour améliorer le système, j’attends patiemment l’arrivée d’une monnaie mondiale, un bon panier de devise qui permettra de partager entre tous les pays l’avantage que procure, aux Etats Unis, le dollar qui est accepté comme monnaie de réserve au même titre mais dans une moindre mesure que l’euro, la livre, le reminbi et le yen. Qu’on l’appelle Bancor, DTS n’a pas d’importance.
      J’espère qu’on y arrivera assez vite. Je n’ai pas envie qu’on bascule dans un monde reminbi. Cette menace devrait amener certains à évoluer… les USA seront les perdants, donc ils s’accrochent ! Avant que la bête décroche, elle va se défendre, essayer de … tout est possible quand on est atteint mortellement.

      1. Bonjour,

        Il est difficile d’évaluer précisément l’impact de la crise des subprimes sur le système financier chinois, du fait du manque de transparence de celui-ci. Il semblerait, toutefois, que la Chine ait effectivement été moins touchée que d’autres pays. Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer : tout d’abord, le système financier y était encore peu ouvert vers l’extérieur. D’autre part, l’exposition aux crédits subprimes de la part des établissements bancaires chinois était relativement faible, comparée à leurs autres activités. Les pertes subies sur ces investissements ont ainsi été compensées par les bénéfices réalisés par ces banques sur ces autres activités. Il convient toutefois de noter que les bénéfices des banques chinoises ont progressé moins rapidement du fait de la crise des subprimes. D. Luo (2016) note, par exemple, que les bénéfices de la Bank of China, l’une des banques chinoises les plus exposées aux subprimes, n’a progressé que de 6 % en 2008 contre une augmentation de 30 % en moyenne pour le secteur dans son ensemble. D’autre part, le marché immobilier chinois a connu un recul de plusieurs mois au cours de l’année 2008. Pour répondre à votre dernière interrogation, enfin, il demeure peu probable, dans les conditions actuelles, que le yuan devienne la monnaie la plus utilisée à l’échelle internationale. On estime, en effet qu’environs 4 % des transactions commerciales et 1 % des réserves de change des Banques centrales dans le monde sont libellées dans cette monnaie.

        Meilleures salutations,

        L’Equipe de Lafinancepourtous.com

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