La dette publique et la politique de la BCE face à la pandémie de Covid-19

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Mis en place pour lutter contre les conséquences économiques de la pandémie de Covid-19, le programme d’achats de titres d’urgence (PEPP) de la Banque centrale européenne (BCE) permet de faciliter les conditions de financement dans la zone euro de différents agents économiques, dont les États. Décryptage des mécanismes à l’œuvre.

Le rôle de la BCE face à la pandémie de Covid-19

Qu’est-ce que le PEPP ?

Le programme d’achats de titres d’urgence (PEPP pour pandemic emergency purchase programme) a été lancé par la Banque centrale européenne (BCE) le 18 mars 2020 pour lutter contre les conséquences de la pandémie de Covid-19. Il s’agit d’une mesure de politique monétaire dite « non conventionnelle ».

Plus précisément, l’Eurosystème, c’est-à-dire la BCE et les Banques centrales nationales (BCN) des pays membres de la zone euro, dispose d’une enveloppe globale de 1 850 milliards d’euros pour acheter des titres, comme des obligations, directement sur les marchés financiers. Ces titres, achetés sur le marché secondaire, ont préalablement été émis par des entreprises ou des États. La BCE a d’ores et déjà annoncé que les achats nets de titres se poursuivront au moins jusqu’à la fin mars 2022.

Afin d’être le plus efficace possible, le PEPP est mené de manière « flexible » à travers le temps, les pays et les différentes classes d’actifs.

D’où viennent ces liquidités ?

Le PEPP vise donc à injecter des liquidités au sein des systèmes bancaires et financiers de la zone euro. Pour cela, la BCE achète les titres grâce à de la création monétaire – il s’agit ici de la création de « monnaie banque centrale » – et crédite les comptes courants que les établissements de crédit détiennent auprès d’elle. Les titres ainsi acquis apparaissent donc à l’actif du bilan consolidé de l’Eurosystème. En contrepartie, les engagements de la BCE envers les établissements de crédit, figurant au passif de ce bilan, augmentent. Depuis la mise en place en mars 2020 du PEPP, le montant de titres financiers détenus par l’Eurosystème dans son ensemble a augmenté de 35 %. Ils représentaient début 2021 environ 3 900 milliards d’euros. Dans le même temps, les comptes courants des établissements de crédit passaient de 1 884 à 3 489 milliards d’euros, soit une augmentation de 85 %.

Quels sont les mécanismes à l’œuvre ?

Le PEPP, comme tout programme d’achats de titres, entend améliorer les conditions de financement dans l’économie et donc stimuler l’activité économique et l’inflation. Très concrètement, cette forte création de monnaie banque centrale peut se transmettre à l’économie réelle à travers trois canaux principaux :

  • Un effet direct sur le cours des actifs: le prix des actifs concernés par le PEPP s’accroît sous l’effet de la demande supplémentaire induite par la politique de la BCE. Or, ces actifs peuvent servir de garanties aux prêts accordés par les établissements de crédit (on parle alors de « collatéral »). Ces derniers peuvent donc accorder davantage de crédits.
  • Un effet de rééquilibrage des portefeuilles: les institutions financières auprès de qui la BCE a racheté les titres peuvent allouer ces fonds pour investir dans d’autres actifs. Cela stimule les prix de l’ensemble des actifs et diminue donc leurs rendements. Il en découle un coût du capital plus faible, ce qui stimule l’investissement.
  • Un effet signal: en décidant d’un tel programme et en y consacrant un montant conséquent, la BCE a envoyé un signal positif aux agents économiques et aux marchés financiers. La mise en place du PEPP signale, en effet, aux marchés que la politique monétaire restera pour plusieurs années au moins accommodantes. Cela permet de réduire l’incertitude et la volatilité sur les marchés financiers.
    2 commentaires sur “La dette publique et la politique de la BCE face à la pandémie de Covid-19”
    1. Bonjour !!
      Déjà, merci pour vos articles toujours très interessants.
      J’ai une petite question.
      Voux epxliquez dans votre article que les titres achetés par la BCE sont inscrits à son actif et que les inscriptions sur les CC des établissements de crédits le sont à son passif. Pq l’augmentaion de l’actif de la BCE ne correspond pas à l’augmentation des inscriptions sur les CC ? (+35% >< +85%). Pouvez-vous expliquez d'où proviennent les différences ?
      Un tout grand merci pour votre réponse.

      1. Bonjour,
        Et merci pour vos encouragements ! Cet écart s’explique par le fait que l’évolution de ces deux postes ne dépend pas uniquement du programme d’achats de titres d’urgence (PEPP) mis en place en mars 2020. Le poste « Titres financiers » à l’actif du bilan de la BCE peut ainsi varier sous l’effet de l’évolution des autres programmes d’achats de titres de la BCE (CSPP, PSPP, etc.), tandis que le poste « Comptes courants des établissements de crédit » dépend également du comportement des banques commerciales. Celles-ci peuvent, par exemple, choisir de détenir des sommes plus importantes auprès de la BCE.
        Meilleures salutations,
        L’Equipe de Lafinancepourtous.com

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