Fonds souverain

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Un fonds souverain est un fonds d’investissement détenu ou contrôlé par un Etat. Concentrés en Asie et dans les pays du golfe, ils inquiètent les Etats européens qui craignent de voir partir à l’étranger leurs plus beaux fleurons tout en les appelant parfois à la rescousse en cas de besoin de financement.  

Avec un poids de 7 900 milliards de dollars fin 2018 selon le Sovereign Wealth Fund Institute, les fonds souverains sont parmi les grands acteurs de la globalisation financière avec 37 190 milliards de dollars (source Investment Company Institute) et les fonds de pension dont les actifs totalisent 24 225 milliards de dollars (source OCDE). La taille des fonds souverains a plus que doublé depuis 2007.

Des fonds essentiellement en provenance de pays émergents

Les ressources des fonds souverains proviennent principalement des ressources pétrolières (plus de 50 % des fonds) et des excédents commerciaux des pays asiatiques (40 % des fonds).C’est donc logiquement que les principaux fonds souverains sont norvégien, chinois, aboudabien, saoudien, koweïtien, singapourien ou qatari.

Le recul des prix du pétrole depuis 2014 a provoqué une stagnation des encours des fonds souverains des pays producteurs de matières premières

Néanmoins, de 2011 à 2018, les actifs gérés par les fonds souverains chinois sont passés d’environ 1 billions de dollars (c’est à dire 1 000 milliards) à 1,8 billions de dollars (2,3 billions si on prend en compte les fonds de Hong Kong) et le fonds souverain norvégien « Government Pension Fund Global » a doublé son bilan, de 0,5 à 0,9 billion de dollars pour devenir le plus important au monde.

Une stratégie qui pose question

La stratégie des fonds souverains s’oriente de moins en moins vers la détention d’obligations ou d’actions mais davantage vers des actifs réels (immobilier, participation au capital, voire prise de contrôle, d’entreprises occidentales).

C’est à ce titre qu’ils font l’actualité d’autant que la nature politique de ces fonds peut alimenter des craintes sur la souveraineté du pays. C’est pour ces raisons que les pays occidentaux s’opposent généralement aux rachats d’actifs qu’ils jugent stratégiques (énergie, défense, infrastructures, finance).

Mais ils n’en ont pas toujours la possibilité, en particulier quand les Etats occidentaux, endettés, n’ont plus les moyens de conserver et d’investir dans ces actifs lorsqu’ils rencontrent des difficultés. L’opportunisme des fonds chinois pendant la crise financière de 2008 qui leur ont permis de racheter des parts dans plusieurs banques l’illustre bien.

Leur approche est bien souvent de prendre le contrôle d’actifs de taille moyenne ou des participations minoritaires pour ceux de dimension plus importante pour ne pas susciter d’inquiétudes et d’oppositions.

Les fonds souverains : porteurs de changement

Le fonds norvégien, le plus grand au monde, qui gère près de 900 milliards d’euros d’actifs a décidé en 2019 de se débarrasser de 12 milliards d’euros d’investissements dans les énergies fossiles. De plus, sous mandat du parlement, le fonds doit investir 18 milliards d’euros dans les énergies renouvelables, en particulier dans l’éolien et le solaire dans les pays développés.

D’une autre part, l’Etat saoudien avait dévoilé en 2018 sa nouvelle stratégie visant à utiliser le Fonds Public d’Investissement (PIF) pour financer la transformation technologique du royaume pétrolier.

Ces fonds souverains, en plus de pouvoir agir en tant que coussins contracycliques en cas de récession, possèdent la capacité de devenir des acteurs majeurs de l’économie mondiale, spécialement sur les marchés financiers, en encourageant les investissements « verts » et les entreprises innovantes, entre autres.

Des acteurs de la diplomatie des pays émergents ?

L’opacité de la stratégie et le manque de transparence des règles éthiques de certains de ces fonds peuvent faire craindre que l’objectif inavoué de ces structures soit d’être le bras financier d’une politique diplomatique expansionniste.

Celle-ci ne se limiterait d’ailleurs pas à ces fonds souverains mais passerait également par de grands groupes industriels proches des pouvoirs politiques comme lorsque Dubai Ports World a tenté en 2006 de prendre le contrôle des six ports américains dont celui de New York. Mais ces tentatives ne se soldent pas toujours par un échec, comme l’illustre le rachat du port du Pirée en Grèce par le chinois Cosco début 2016 ou plus près de nous, en 2014, la prise de participation par Dong Feng de 14 % du constructeur automobile Peugeot.

Alors simple démarche industrielle ou volonté politique d’étendre son influence ? L’un n’empêche sans doute pas l’autre.

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