L’impact de l’immigration sur le marché du travail

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L’immigration est un sujet qui fait régulièrement la une de l’actualité, notamment en ce qui concerne son impact sur le chômage et sur les salaires. Marine de Talancé, maître de conférences à l’université Paris-Est Marne-la-Vallée et membre de BSI Economics, éclaire le sujet à l’aune des travaux académiques. 

Quelle différence entre immigré et étranger ?

Un étranger est une personne n’ayant pas la nationalité française. Un immigré est une personne qui est née à l’étranger mais qui peut avoir acquis la nationalité française, tous les immigrés ne sont donc pas étrangers. De la même façon, tous les étrangers ne sont pas immigrés car une personne née en France de parents étrangers et encore mineur peut ne pas avoir la nationalité française, mais cette personne n’est pas un considérée comme immigrée puisqu’elle est née en France. En France, les immigrés représentent environ 9 % de la population totale et les étrangers environ 7 % de la population totale. 

Quel lien entre immigration et chômage ?

On pourrait penser qu’il y a un lien positif entre immigration et chômage, en effet l’arrivée d’une nouvelle main d’œuvre sur le marché du travail va entraîner une hausse de l’offre de travail. Si l’on considère que la demande de travail (c’est-à-dire le stock d’emplois) est fixe alors on peut anticiper une augmentation du chômage, soit car les immigrés ne trouvent pas d’emplois, soit parce qu’ils entrent en concurrence avec les natifs et acceptent des salaires plus faibles.

La réalité est cependant plus complexe. Tout d’abord, les travailleurs immigrés et natifs ne sont pas forcément substituables, notamment du fait de qualifications différentes (les immigrés ont en moyenne un niveau de qualification plus faible que les natifs), les deux groupes d’individus ne sont donc pas nécessairement en concurrence pour les mêmes postes.

De plus, même en période de fort chômage des emplois restent vacants pour lesquels les entreprises peinent à recruter (construction, services à la personne par exemple). Sur certains secteurs délaissés par les natifs, la population immigrée peut venir diminuer les tensions sur le marché du travail.

L’immigration impacte aussi d’autres grandeurs économiques que l’offre de travail. En effet, les immigrés peuvent innover, créer des entreprises, consommer… ce qui crée de nouvelles embauches.

Le marché du travail n’est pas un gâteau à partager entre travailleurs natifs et immigrés et le stock d’emploi varie constamment.

L’impact de l’immigration sur le chômage dépend aussi du cadre institutionnel. Si l’on considère que les salaires sont rigides (par exemple du fait d’un salaire minimum), un flux migratoire entrant peut entraîner du chômage car les salaires ne peuvent pas varier et les ajustements se font par les quantités, c’est-à-dire par le nombre d’emplois créés et de chômeurs.

Mais si l’on considère que les salaires sont flexibles, une arrivée de migrant peut faire baisser les salaires et pousser les entreprises à embaucher plus.

Quel lien entre immigration et salaire ?

Si les salaires sont flexibles, un afflux d’immigrés pourrait entraîner une baisse des salaires des travailleurs natifs qui sont en concurrence avec les immigrés. Mais l’immigration a un impact sur d’autres variables macroéconomiques comme la consommation. L’impact négatif sur les salaires pourrait n’être qu’un effet de court-terme qui s’estompe au fil du temps via la hausse de la consommation qui génère de nouvelles embauches et une hausse des salaires.

Comme les travailleurs immigrés et natifs ne sont pas nécessairement en concurrence sur les mêmes postes, dans ce cas, l’impact sera différencié selon le niveau de qualification des travailleurs natifs et immigrés. Par exemple, si les travailleurs immigrés sont peu qualifiés, leur arrivée peut pousser à la baisse le salaire des travailleurs natifs peu qualifiés. A l’inverse, les travailleurs natifs qualifiés deviennent relativement plus rares sur le marché du travail et leur salaire aura tendance à augmenter. L’immigration a donc un effet différencié sur les salaires en fonction de la structure de qualifications de la population qui arrive sur le territoire.

Immigration et emploi : des exemples d’études empiriques

Des études empiriques cherchent à estimer le lien entre immigration et marché du travail. Ces études utilisent des « expériences naturelles » de chocs migratoires, comme l’arrivée des migrants cubains en Floride, ou le rapatriement des « pieds-noirs » d’Algérie en France.

Ces études montrent que l’impact de l’immigration sur le marché du travail, que ce soit sur le chômage ou les salaires, est relativement limité. L’effet est plutôt négatif pour les travailleurs natifs en concurrence avec les travailleurs immigrés et plutôt positif pour les travailleurs natifs complémentaires (d’après leur qualification) des travailleurs immigrés.

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