Les marchés en situation de concurrence imparfaite

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La plupart des marchés fonctionnent en situation de concurrence imparfaite : certaines entreprises disposent d’un pouvoir de marché leur permettant d’influencer les prix. Ces situations posent des questions : comment naît ce pouvoir de marché ? Quelles stratégies les entreprises développent-elles pour le renforcer ? Et comment les pouvoirs publics peuvent-ils préserver l’intérêt des consommateurs face à de possibles déséquilibres ?

Le pouvoir de marché

Le pouvoir de marché désigne la capacité d’une entreprise à fixer ses prix au-dessus de ce qu’ils seraient en situation de concurrence parfaite. Contrairement au modèle théorique où les entreprises sont preneuses de prix, ici elles deviennent faiseuses de prix. Explication.

Moins il y a d’entreprises sur un marché, plus chacune d’entre elle peut peser sur la fixation des prix. Cette situation découle souvent de l’existence de barrières à l’entrée, c’est-à-dire d’obstacles qui rendent difficile l’arrivée de nouveaux concurrents sur le marché.

Ces barrières peuvent être techniques, financières ou réglementaires.

Les ententes entre concurrents représentent une autre source majeure de pouvoir de marché. Lorsque les entreprises décident de coopérer plutôt que de se concurrencer, elles peuvent s’accorder sur des prix de vente communs ou se partager le marché en créant artificiellement une situation de concurrence réduite.

Les différentes formes de marchés imparfaits

Les économistes distinguent plusieurs structures de marchés selon le degré de concurrence imparfaite :

Le monopole

Le monopole représente la forme la plus radicale : un seul offreur fait face à de nombreux demandeurs. Plusieurs catégories de monopoles existent :  

  • le monopole naturel apparaît lorsque les coûts fixes sont si élevés qu’une seule entreprise peut survivre sur le marché. C’est le cas des grandes infrastructures (chemin de fer, métro, tramway),
  • le monopole légal découle d’une décision réglementaire réservant l’activité à une seule entreprise (jeux de hasard),
  • le monopole d’innovation apparaît lorsqu’une entreprise domine un marché grâce à une avancée technologique majeure (informatique quantique, IA).

L’oligopole

L’oligopole se manifeste au moment où quelques entreprises se partagent le marché face à de nombreux acheteurs. C’est le cas dans le secteur de l’automobile, de la téléphonie mobile ou de l’aéronautique.

Il existe également l’inverse du monopole, le monopsone : un seul acheteur fait face à un grand nombre d’offreurs.

La concurrence monopolistique

La concurrence monopolistique a une forme particulière. Chacune détient une sorte de « mini-monopole » sur son propre segment de marché. On retrouve cette situation dans la restauration, la cosmétique, où chaque entreprise propose une expérience unique ou une image singulière.

Les conséquences du monopole

Le monopole entraîne des conséquences sur l’équilibre des marchés et sur la société. Dans le cas d’une concurrence parfaite, les entreprises produisent jusqu’à ce que leur coût marginal égale le prix de marché. Le monopoleur (bénéficiaire d’un monopole) peut choisir de produire moins et de vendre plus cher afin de maximiser ses profits.

Prenons l’exemple d’un fabriquant de bijoux qui dispose d’un monopole géographique sur la vente de bracelets à la mode. Si le coût de production d’un bracelet est de 6 €, l’entreprise peut les vendre à ce prix en concurrence parfaite. Mais dans une situation de monopole, elle va calculer le prix lui permettant de dégager le profit maximum. En vendant ses bracelets à 12 €, par exemple, elle maximise son profit même si elle vend moins d’unités.

Cette stratégie génère une « perte nette » pour la société. D’abord, une partie du surplus du consommateur est transférée au producteur : les acheteurs paient plus cher qu’ils ne le feraient en concurrence parfaite. Ensuite, le surplus total diminue : certains échanges bénéfiques pour les deux parties ne se réalisent pas parce que le prix est trop élevé. C’est un gaspillage de richesse potentielle.

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Par ailleurs, les monopoles ont tendance à ralentir l’innovation. Sans concurrence pour les stimuler, les entreprises en position dominante investissent moins dans la recherche et le développement et ralentissent ainsi le dynamisme économique global.

Les stratégies des entreprises en concurrence imparfaite

Face à la concurrence imparfaite, les entreprises déploient diverses stratégies pour renforcer leur pouvoir de marché.

La concentration

La concentration représente l’une des plus importantes. Elle consiste à racheter d’autres entreprises pour étendre son contrôle sur le marché. Il en existe deux formes :

  • la concentration horizontale vise des entreprises d’un même secteur : la grande distribution, par exemple,
  • la concentration verticale intègre des entreprises situées à différentes étapes de la chaîne de production : extraction de matières premières, transport, distribution, vente au détail.

La coopération

En situation d’oligopole, les entreprises peuvent adopter des comportements non coopératifs et se livrer une guerre des prix ou s’engager dans une course à l’innovation. Ces stratégies semblent rationnelles mais conduisent le plus souvent à une situation défavorable pour tous.

Imaginons deux entreprises concurrentes. Si elles maintiennent toutes les deux des prix élevés, elles maximisent leurs profits respectifs. Mais chacune est tentée de baisser ses prix pour capter les clients de l’autre. Si les deux cèdent à cette tentation, elles se retrouvent avec des prix bas et des profits réduits. Cette situation explique pourquoi les entreprises cherchent à former des ententes.

Les ententes

Les cartels (des ententes entre grands groupes) permettent de contourner cette situation. Les entreprises fixent ensemble des prix élevés et se partagent le marché, s’assurant ainsi des profits confortables. Toutefois, ces ententes se font au détriment des consommateurs et sont dénoncées par les associations de consommateurs et sanctionner par la justice.

Ainsi, en 2005, les trois principaux opérateurs de téléphonie mobile ont été condamnés pour s’être entendus sur les tarifs.

Le rôle régulateur de l’État sur les marchés

Face à ces risques, l’État encadre les pratiques des entreprises afin de préserver les intérêts des consommateurs. Plusieurs solutions existent.

L’État interdit certaines pratiques anticoncurrentielles, dont les ententes et les abus de position dominante. Un abus de position dominante se produit quand une entreprise exploite son pouvoir de marché pour éliminer ses concurrents, en vendant à perte, par exemple. Le droit européen interdit les accords sur les prix et les partages de marché entre entreprises.

Le second levier consiste à surveiller les concentrations. Les opérations de fusion-acquisition doivent être soumises à l’autorisation des autorités de la concurrence (France et UE) pour vérifier leur conformité.

L’objectif de ces régulations est de maintenir un équilibre entre l’efficacité économique et la préservation de la concurrence. Les autorités doivent adapter leurs actions et tout particulièrement face aux plateformes numériques qui créent de nouvelles formes de pouvoir de marché.

En somme, les marchés en situation de concurrence imparfaite constituent la norme dans les économies d’aujourd’hui. Le pouvoir de marché que certaines entreprises détiennent entraine des conséquences en termes de surplus pour les consommateurs et de frein à l’innovation. Les stratégies de concentration et d’entente rendent nécessaire l’intervention de l’Etat afin de préserver l’équilibre délicat entre efficacité économique et protection des consommateurs.

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