L’évolution des formes de la monnaie
Avant l’apparition de la monnaie, les échanges reposaient sur le troc, c’est-à-dire l’échange direct de biens contre d’autres biens. Ce système posait un problème majeur : la nécessité d’une coïncidence des besoins entre les différentes parties. Ce qui limitait en partie les possibilités d’échange. Toutefois, il convient de nuancer l’importance du troc dans les échanges. La littérature récente et plus particulièrement l’anthropologie montre qu’il s’agit de pratiques locales qui se réalisent le plus souvent avec des étrangers.
Dans la plupart des sociétés sans marché développé, les relations économiques ordinaires relevaient du partage, des obligations mutuelles. C’est ce qu’a notamment étudié Marcel Mauss dans son Essai sur le don.
Dans cette perspective, il est plus juste de dire que les premières formes de vie économique ressemblaient plus à un « communisme primitif », la communauté se partageant les produits de la chasse et de la cueillette selon le rôle et les besoins de chacun, plutôt qu’à un univers de troc généralisé.
Les premières formes monétaires ont été des monnaies marchandises : des biens qui servaient d’intermédiaire dans les échanges. Des coquillages appelés cauris, des noix de kola, des perles ou même du sel ont eu cette fonction dans différentes civilisations. Ces objets avaient une valeur en eux-mêmes, indépendamment de leur usage monétaire.
Les métaux précieux ont progressivement remplacé ces formes. Dès l’Antiquité apparaît la monnaie divisionnaire, c’est-à-dire les pièces métalliques. Initialement, la valeur faciale de ces pièces correspondait exactement au poids de métal précieux qu’elles contenaient. Avec le temps, cette correspondance s’est effacée et la valeur faciale s’est détachée de la valeur du métal.
La monnaie papier émerge progressivement entre le Moyen-âge et l’époque moderne. Les billets constituaient d’abord des certificats échangeables contre une certaine quantité d’or ou d’argent déposée dans une banque. Leur avantage résidait dans leur facilité de transport. Peu à peu, les banques ont émis plus de billets qu’elles ne détenaient de métaux précieux, car les porteurs préféraient échanger directement les billets plutôt que de réclamer leur conversion en métal.
Les formes de la monnaie
Désormais, deux formes principales de monnaie coexistent :
- la monnaie fiduciaire qui comprend les pièces et les billets. Le terme vient du latin fides qui signifie confiance, car leur valeur faciale dépasse largement leur valeur matérielle. Un billet de cent euros ne vaut que quelques centimes en papier et encre,
- la monnaie scripturale correspond à des écritures sur des comptes bancaires. Elle circule par des moyens dématérialisés : chèques, virements, cartes bancaires. Aujourd’hui, c’est la forme principale de monnaie.
Les trois fonctions essentielles de la monnaie
La monnaie remplit trois fonctions économiques classiques :
- elle sert d’intermédiaire pour les échanges. Quiconque vend un bien peut utiliser la monnaie reçue pour acheter n’importe quel autre bien, auprès de n’importe quel vendeur de son choix,
- elle constitue une réserve de valeur et peut s’épargner. Une personne qui vend un bien peut conserver la quantité de monnaie reçue ou l’utiliser plus tard pour acheter un autre bien, par exemple. Cette fonction permet l’épargne et libère les échanges de la contrainte temporelle,
- elle fonctionne comme unité de compte. La monnaie permet d’exprimer la valeur de tous les biens dans une même unité et permet de comparer les biens entre eux.
La monnaie joue aussi un rôle social et politique. Elle crée un lien entre les personnes qui l’utilisent, génère un sentiment d’appartenance. Sur le plan politique, la monnaie manifeste l’exercice du pouvoir souverain sur un territoire donné. L’adoption de l’euro illustre bien cette dimension unificatrice de la monnaie sur une zone géographique précise.
Le mécanisme de création monétaire par le crédit
La monnaie est principalement créée par les banques commerciales. Ces banques créent de la monnaie scripturale par le mécanisme du crédit. Lorsqu’une banque accorde un prêt à un client, elle ne prélève pas cette somme sur les dépôts d’autres clients. Elle inscrit simplement le montant du prêt sur le compte de l’emprunteur par un jeu d’écriture. Cette monnaie qui n’existait pas auparavant vient d’être créée par cette simple action.
Si une banque prête dix mille euros à une entreprise, elle crédite le compte de cette entreprise de dix mille euros. Le bilan de l’entreprise voit son actif augmenter de dix mille euros, et son passif aussi, puisqu’elle doit maintenant dix mille euros à la banque. Du côté de la banque, son actif augmente de dix mille euros correspondant à la dette sur l’entreprise, et son passif augmente également de dix mille euros correspondant aux dépôts que l’entreprise peut désormais utiliser. Ainsi, les crédits font les dépôts.
Lorsque le crédit est remboursé, le processus s’inverse et la monnaie disparaît : on parle de destruction monétaire. La masse monétaire, c’est-à-dire la quantité totale de monnaie en circulation, provient de ce double mouvement de création et de destruction. Si les crédits accordés dépassent les remboursements, la masse monétaire augmente. À l’inverse, elle diminue.
Les limites du pouvoir de création monétaire
Le pouvoir de création monétaire des banques commerciales n’est pas sans limite. D’abord, elles doivent pouvoir convertir la monnaie scripturale en monnaie fiduciaire si leurs clients souhaitent retirer des espèces. Une banque qui a créé dix mille euros de monnaie scripturale doit être capable de fournir l’équivalent en billets si son client le lui demande.
Par ailleurs, les banques doivent régler leurs dettes entre elles. Lorsqu’un client de la banque A fait un chèque à une personne qui le dépose à la banque B, la banque A doit transférer de l’argent à la banque B. Ces transferts ne s’effectuent pas en monnaie scripturale créée par les banques elles-mêmes, mais en monnaie centrale, c’est-à-dire en monnaie détenue sur leurs comptes à la banque centrale (nationale ou européenne selon les systèmes).
La banque centrale est la « banque des banques ». Chaque banque commerciale possède un compte auprès d’elle. C’est la banque centrale qui crée la monnaie fiduciaire. Les banques commerciales doivent donc disposer de réserves suffisantes en monnaie centrale pour faire face aux retraits de leurs clients et aux compensations nécessaires avec les autres banques. Quand elles n’en ont pas assez, elles doivent se refinancer, c’est-à-dire emprunter auprès d’autres banques sur le marché monétaire ou interbancaire, soit directement auprès de la banque centrale.
Enfin, les banques commerciales ont l’obligation légale de constituer des réserves, un minimum de dépôts qu’elles doivent conserver à la banque centrale. Ces contraintes limitent leur capacité de création monétaire et donnent à la banque centrale un pouvoir de contrôle sur la quantité de monnaie en circulation dans l’économie. Une manière de réguler au mieux la création monétaire.
La politique monétaire et ses effets
La banque centrale joue un rôle de premier plan dans le système monétaire. Elle garantit la stabilité de la monnaie en contrôlant l’inflation.
Pour cela, elle mène une politique monétaire visant à réguler la quantité de monnaie disponible.
L’outil principal de cette politique est le taux directeur, c’est-à-dire le taux d’intérêt auquel la banque centrale prête aux banques commerciales.
Lorsque ce taux est bas, les banques peuvent se refinancer à moindre coût et peuvent proposer des crédits moins chers à leurs clients. Les ménages et les entreprises empruntent davantage, ce qui stimule la consommation et l’investissement. On parle de politique monétaire expansionniste.
Cette politique a deux effets principaux :
- elle stimule la croissance économique car la hausse de la demande incite les entreprises à produire davantage,
- elle favorise l’inflation car les entreprises qui ne peuvent pas augmenter leur production rapidement répondent à la hausse de la demande par une augmentation de leurs prix.
À l’inverse, lorsque la banque centrale relève ses taux directeurs, elle mène une politique monétaire restrictive. Les crédits deviennent plus coûteux. La consommation, l’investissement, l’inflation ralentissent et en conséquence la croissance aussi. Ce qui peut alimenter une bulle déflationniste, une baisse durable et généralisée des prix.
C’est pourquoi la banque centrale doit trouver un équilibre délicat entre trop et pas assez. Dans la zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) a pour objectif principal de maintenir l’inflation sous la barre des 2 % tout en soutenant la croissance économique.
En somme, la monnaie remplit des fonctions économiques essentielles tout en ayant une dimension sociale et politique. C’est par le crédit bancaire que la grande majorité de la monnaie est créée sous le contrôle de la banque centrale. En ajustant sa politique monétaire, elle régule les quantités de monnaie en circulation afin de stimuler la croissance et de contenir l’inflation. Ses décisions ont donc un impact sur la vie quotidienne de chacun.
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