Trois grandes catégories de défaillances peuvent être identifiées : les externalités, les biens collectifs et communs et les asymétries d’information. Comprendre ces défaillances, c’est se rendre compte que l’intervention de l’État dans l’économie est souvent nécessaire.
Les externalités
Les externalités représentent l’une des principales défaillances du marché. Une externalité désigne l’impact de l’activité économique d’un agent sur un autre agent, sans qu’il y ait de compensation pour ce déséquilibre. Ces effets peuvent être négatifs ou positifs en fonction de la situation.
Les externalités négatives
Les externalités négatives constituent un problème en termes d’efficacité économique et sociale.
La pollution est l’un des exemples les plus parlant. Lorsqu’une usine rejette des produits toxiques dans une rivière, elle fait subir à la collectivité un certain coût : dégradation de l’environnement, problèmes de santé publique, perturbation des activités agricoles. Or, l’entreprise polluante ne paie pas ce coût social. Elle ne supporte que son propre coût, c’est-à-dire ses propres dépenses de production. Cette différence entre coût social et coût privé explique en partie pourquoi les entreprises ne sont pas incitées à réduire leur pollution : il leur coûte le plus souvent moins cher de rejeter directement leurs déchets que de les traiter.
Les externalités positives
Les externalités positives ont l’effet inverse. Certaines activités génèrent des bénéfices pour la société qui dépassent largement les gains privés de celui qui les produit. La vaccination protège non seulement la personne vaccinée mais aussi l’ensemble de la population en limitant les risques d’épidémie. C’est un avantage substantiel pour la collectivité.
Agir sur les externalités
Pour réduire les externalités négatives, l’État peut interdire les pratiques les plus dangereuses, inefficaces ou polluantes, par exemple. Il peut également utiliser la fiscalité comme « bouclier » pour inciter les pollueurs à payer (principe du pollueur-payeur), et inviter les entreprises à réduire leurs émissions sous peine d’amende.
En 2005, l’Union européenne a mis en place un marché de quotas de dioxyde de carbone : les entreprises qui polluent moins que leur quota autorisé peuvent vendre leurs droits à polluer aux entreprises qui dépassent leur seuil. Ce système crée une incitation économique à réduire les émissions sans pour autant tout régler de la question écologique.
Á l’inverse, pour encourager les externalités positives, l’État peut imposer certaines pratiques ou accorder des subventions aux activités les plus favorables à la société. Ces interventions visent à internaliser les externalités, c’est-à-dire à faire en sorte que les agents économiques intègrent les coûts et bénéfices sociaux de leurs actions.
Les biens collectifs et les biens communs
L’autre grande catégorie de défaillances concerne les biens qui ne peuvent pas être gérés efficacement par le marché en raison de leur nature particulière. On distingue ainsi les biens collectifs et les biens communs qui sont accessibles à tous.
Les biens collectifs présentent deux caractéristiques simultanées. Premièrement, on ne peut empêcher personne d’en profiter et leur accès est gratuit : ils sont dits non excluables. Deuxièmement, la consommation par une personne n’empêche pas la consommation par d’autres. L’éclairage public ou un jardin public sont des exemples typiques de biens collectifs. Ils sont dits non rivaux.
Ces biens posent souvent un problème de financement. Certaines personnes ont intérêt à adopter un comportement de « passager clandestin » : c’est-à-dire de refuser de contribuer au financement de ces biens tout en en profitant. C’est pourquoi les biens collectifs sont financés par l’État au moyen de l’impôt, qui impose à chacun de contribuer à hauteur de ses moyens.
Les biens communs présentent des caractéristiques différentes. Ils sont non excluables, donc accessibles à tous, mais rivaux : leur utilisation par une personne limite la possibilité pour d’autres d’en profiter. Les ressources des océans (poissons, crustacés, algues…) sont un bon exemple.
Cette rivalité engendre un risque majeur : c’est ce qu’on nomme la « tragédie des biens communs » d’après l’expression de l’économiste Garrett Hardin. Chaque agent économique a intérêt à exploiter la ressource au maximum avant que d’autres ne le fassent. D’où l’intérêt d’une régulation efficace de la pêche intensive via des quotas ou des interdictions afin d’équilibrer la ressource naturelle sur la durée, et ce dans l’intérêt de tous.
Les asymétries d’information
La troisième grande catégorie de défaillances découle des asymétries d’information, c’est-à-dire des situations où un acteur économique dispose de moins d’informations qu’un autre. Ces asymétries sont courantes dans l’économie réelle et peuvent conduire à des dysfonctionnements graves voire à la disparition de certains marchés.
L’aléa moral constitue la première forme d’asymétrie informationnelle. Il survient après la signature d’un contrat, lorsqu’une partie modifie son comportement, sans prévenir et au détriment de l’autre. Le secteur des assurances illustre bien ce phénomène. Une personne qui a une couverture santé de qualité peut être moins attentive à sa propre santé ou consulter le médecin plus souvent pour de petites maladies, car elle sait que tous ses frais seront pris en charge par son assureur. L’assureur ne peut pas surveiller chaque décision médicale, ce qui crée un aléa moral.
La sélection adverse représente la seconde forme d’asymétrie informationnelle. Elle se produit avant la signature du contrat, lorsque les vendeurs connaissent mieux la qualité de leurs produits que les acheteurs. L’économiste George Akerlof a illustré ce phénomène à propos du marché des voitures d’occasion (les lemons).
Sur ce marché, les vendeurs savent si leur véhicule est en bon état ou non contrairement aux acheteurs. Ces derniers, incapables de distinguer les bons véhicules des mauvais, proposent un prix moyen. Les propriétaires de bonnes voitures refusent alors de vendre à ce prix trop faible et préfèrent quitter le marché. Dès lors, seules les mauvaises voitures restent disponibles. À terme, le marché peut disparaître complètement.
Les solutions face aux asymétries d’information
Les agents économiques eux-mêmes développent des solutions pour faire face à ces situations. Les entreprises d’assurance collectent des informations sur leurs clients et adaptent leurs tarifs en fonction du risque. Elles mettent aussi en place des systèmes d’incitation, comme les bonus-malus, qui récompensent les conducteurs prudents et pénalisent ceux qui le sont moins.
L’intervention de l’État s’avère nécessaire pour imposer des règles à tous.
Par exemple, la réglementation de l’étiquetage alimentaire oblige les producteurs à fournir des informations précises sur leurs produits, réduisant ainsi l’asymétrie d’information.
En somme, les défaillances du marché montrent que le modèle de concurrence pure et parfaite n’est que théorique. Les externalités, les biens collectifs et communs, ainsi que les asymétries d’information créent des situations où le marché, livré à lui-même, produit de l’inefficacité. Ces défaillances justifient l’intervention de l’État.
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