Fonds monétaires, véhicules de titrisation, repos : ces acteurs et instruments brassent des centaines de milliers de milliards de dollars et jouent un rôle central dans le financement de l’économie mondiale. Mais leur opacité et leur moindre régulation en font aussi une source majeure de risque systémique, comme l’a démontré la crise des subprimes de 2007-2008. Aujourd’hui encore, le Shadow Banking est une source potentielle d’instabilité économique et financière.
Définir le Shadow Banking
Le terme de Shadow Banking est apparu en 2007, sous la plume de l’économiste Paul McCulley. En pleine crise des subprimes, il cherchait à désigner « toute la soupe d’entités financières » (véhicules de titrisation, fonds monétaires, courtiers…) dont les passifs ressemblaient étrangement à des dépôts bancaires, mais qui opéraient en dehors du périmètre de la régulation bancaire traditionnelle. L’image est parlante : un système bancaire parallèle, dans l’ombre, qui remplit les mêmes fonctions que les banques sans être soumis aux mêmes règles.
Les entités du shadow banking
Définir précisément le Shadow Banking reste un exercice délicat, et il n’existe toujours pas de consensus parmi les économistes. Une première approche consiste à lister les entités concernées : fonds monétaires, véhicules de titrisation, fonds de capital-risque, certains courtiers financiers, etc. Le problème de cette méthode, c’est qu’elle est par nature incomplète. De nouvelles entités apparaissent régulièrement, partageant de nombreux traits avec celles déjà identifiées sans pour autant rentrer parfaitement dans la liste. Inversement, certaines entités figurant dans la liste peuvent, selon les périodes et les contextes, ne pas véritablement relever du Shadow Banking. Surtout, nombre de ces entités appartiennent à des ensembles plus larges : un fonds peut être la filiale d’un groupe d’assurance, certains services d’une banque traditionnelle peuvent exercer des activités relevant du Shadow Banking. Les frontières sont poreuses.
Les activités du shadow banking
D’autres économistes préfèrent donc aborder le sujet par les activités plutôt que par les entités. Claessens et Ratnovski, par exemple, définissent en 2014 le Shadow Banking comme « toutes les activités financières, sauf la banque traditionnelle, nécessitant un soutien public ou privé pour fonctionner ». D’autres encore, comme le Conseil de stabilité financière (FSB), combinent les deux approches et parlent de « l’intermédiation de crédit impliquant des entités et activités en dehors du système bancaire réglementé ». Chacune de ces définitions éclaire une facette du phénomène, sans l’épuiser totalement. Ce qu’elles ont en commun, c’est l’idée centrale d’une intermédiation financière qui emprunte, prête, et transforme les échéances et la liquidité, mais en dehors du filet de sécurité et de la surveillance qui s’appliquent aux banques classiques. C’est pour cela que le Shadow Banking est parfois appelé « Intermédiation financière non bancaire » (IFNB).
Dans la pratique, la majorité des régulateurs préfèrent, à l’heure actuelle, l’utilisation du terme Intermédiation financière non bancaire plutôt que Shadow Banking.
Cette différence de terminologie reflète des différences de périmètre et de méthode. Par exemple, le Shadow Banking n’inclut historiquement pas les compagnies d’assurance et les fonds de pension (au contraire de l’IFNB). Dans la suite de cet article, nous conserverons toutefois le terme de Shadow Banking, plus connu du grand public. Cependant, la distinction doit être gardée en mémoire pour les lecteurs avertis.
Comparer le Shadow Banking au modèle bancaire
Pour bien comprendre ce qu’est le Shadow Banking, il faut d’abord revenir sur ce que fait une banque traditionnelle.
Pour faire simple, une banque reçoit des dépôts de la part de ses clients (des fonds mobilisables à tout moment, donc une forme de dette que la banque doit à ses clients) et utilise ces ressources pour accorder des prêts, souvent de long terme (crédits immobiliers, prêts aux entreprises…). Ce faisant, elle opère ce qu’on appelle une transformation de maturité : elle emprunte à court terme (les dépôts) pour prêter à long terme (les crédits). Cette activité est fondamentalement utile à l’économie, car elle permet de canaliser l’épargne vers le financement de projets productifs.
En réalité, une banque n’utilise pas véritablement les dépôts pour prêter. C’est en fait l’inverse : elle octroie des crédits, et pour cela créée la monnaie, qui apparait sur les comptes de dépôts. Cependant, formellement, une fois le crédit effectué et le dépôt créé, « tout se passe comme si » le déposant avait financé la banque pour lui permettre de prêter. Il existe donc une complémentarité entre une vision dynamique et une vision statique du crédit bancaire.
Cette transformation est aussi intrinsèquement risquée.
Si tous les déposants venaient retirer leur argent en même temps, la banque ne pourrait pas honorer toutes ses obligations, puisque ses actifs sont immobilisés dans des prêts de long terme. C’est le risque de « ruée bancaire ».
Pour contenir ce risque, les banques sont soumises à une régulation stricte : exigences de fonds propres, ratios de liquidité, supervision prudentielle… Elles bénéficient également de filets de sécurité officiels : l’assurance des dépôts protège les épargnants, et la banque centrale peut leur fournir de la liquidité en dernier ressort (leur prêter autant que nécessaire pour faire face à leurs obligations financières).
Le Shadow Banking reproduit cette même logique de transformation, c’est-à-dire emprunter à court terme pour financer des actifs de plus long terme, mais en étant soumis à une régulation bien moins contraignante.
Le fonctionnement du Shadow Banking
Les entités du Shadow Banking n’ont pas d’accès au guichet de la banque centrale, les fonds qu’elles collectent ne sont pas couverts par l’assurance des dépôts, et les exigences de fonds propres qui leur sont appliquées sont bien moindres, voire inexistantes. En contrepartie, ces entités offrent souvent des rendements plus attractifs que les banques traditionnelles, précisément parce qu’elles supportent moins de contraintes réglementaires. Ce différentiel de régulation est d’ailleurs l’une des raisons d’être du Shadow Banking : il permet aux acteurs financiers de contourner les règles imposées aux banques, dans ce que les économistes appellent un arbitrage réglementaire.
Cela ne signifie pas pour autant que le Shadow Banking opère sans aucun filet de sécurité. Il bénéficie en réalité de garanties implicites, qui n’apparaissent nulle part dans les textes mais que les précédents historiques rendent tout à fait crédibles.
Les véhicules de titrisation, par exemple, sont souvent adossés à une banque parente qui couvre leurs risques de liquidité et de crédit en cas de difficulté. Plus largement, les interventions massives des banques centrales et des gouvernements lors des crises de 2008 et de 2020, notamment le programme temporaire de garantie des fonds monétaires mis en place par le Trésor américain après la faillite de Lehman Brothers, ont montré que les autorités publiques étaient prêtes à soutenir le système de l’ombre lorsque sa chute menaçait l’ensemble de l’économie.
Le problème de ces garanties implicites est qu’elles créent un aléa moral particulièrement pernicieux : les acteurs du Shadow Banking prennent des risques en comptant sur un sauvetage qui n’est inscrit nulle part, profitant de la légèreté réglementaire en temps normal tout en s’attendant à bénéficier d’un filet de sécurité en temps de crise. C’est une logique de privatisation des gains et de socialisation des pertes.
Une myriade d’activités et d’acteurs
Le Shadow Banking n’est pas un bloc monolithique, mais un écosystème complexe composé d’acteurs très divers, reliés entre eux par des chaînes de financement parfois longues et opaques.
Les véhicules de titrisation
Le premier exemple, emblématique, est celui de la titrisation et des véhicules de titrisation, les fameux Special Purpose Vehicles, ou SPV.
Une banque qui accorde des prêts (crédits automobiles, cartes de crédit, prêts étudiants…) peut décider de ne pas les conserver dans son bilan. Elle les regroupe et les transfère à un SPV, une entité juridique créée spécifiquement à cet effet.
Le SPV transforme ensuite ces prêts en titres financiers, appelés ABS (Asset-Backed Securities). Ces ABS sont structurés en plusieurs tranches, dites senior, mezzanine et junior, offrant des profils de risque et de rendement croissants. Ils peuvent à leur tour être rachetés par d’autres véhicules financiers, qui les financent en émettant des titres de créance à très court terme appelés ABCP (Asset-Backed Commercial Paper, en français « papier commerciaux »).
Il apparaît alors le décalage de maturité caractéristique du Shadow Banking : des actifs de long terme, les prêts sous-jacents, sont in fine financés par des instruments de très court terme.
En pratique, le risque de liquidité et le risque de crédit portés par ces véhicules sont souvent garantis, implicitement ou explicitement, par la banque à l’origine de l’opération. C’est toute cette chaîne de titrisation, allant du prêt immobilier initial jusqu’à l’épargnant final, qui constitue le cœur du Shadow Banking tel qu’il fonctionnait avant la crise de 2008.
Ce mécanisme marque un changement profond dans le comportement des banques, que les spécialistes résument par l’expression « du originate to hold au originate to distribute » : au lieu de conserver les prêts dans leur bilan jusqu’à leur remboursement, les banques les accordent puis les redistribuent à d’autres investisseurs via la titrisation. L’un des intérêts majeurs de ce schéma réside dans l’arbitrage réglementaire.
Avant la crise de 2008, les exigences de fonds propres sur les prêts titrisés, sortis du bilan bancaire, étaient très faibles. Les banques pouvaient ainsi continuer à accorder des prêts et à engranger des commissions, sans mobiliser davantage de capital.
Les fonds monétaires
Un autre acteur majeur du Shadow Banking est le fonds monétaire (Money Market Fund, ou MMF). Les fonds monétaires sont apparus au début des années 1970 aux États-Unis, pour contourner la réglementation qui interdisait alors aux banques de rémunérer les comptes courants.
En France, ils ont vu le jour pour des raisons similaires, lorsque la réglementation sur la rémunération des dépôts bancaires est devenue plus restrictive. Ces fonds investissent dans des titres de créance de court terme (bons du Trésor, certificats de dépôt, papiers commerciaux…) et sont considérés comme l’un des placements les plus sûrs du marché.
Les hedge funds
Les hedge funds, ou fonds spéculatifs, sont des fonds d’investissement réservés à des investisseurs fortunés ou institutionnels. Ils poursuivent des stratégies très variées : arbitrage entre actifs, paris sur la baisse de certains titres, investissement dans des actifs peu liquides… Ce qui les rattache au Shadow Banking est leur recours massif à l’effet de levier, c’est-à-dire à l’endettement, pour amplifier leurs positions sur les marchés.
Un hedge fund peut emprunter plusieurs fois la valeur de ses fonds propres. Ce financement doit être renouvelé régulièrement, parfois au jour le jour, alors que les investissements réalisés sont souvent bien plus longs et moins liquides. On retrouve donc le décalage de maturité caractéristique du Shadow Banking. Si les prêteurs refusent de renouveler le financement ou exigent davantage de garanties, le hedge fund peut être contraint de vendre ses actifs en urgence, à des prix dégradés, provoquant des chutes de prix en cascade sur les marchés.
Les sociétés de financement spécialisées
Les sociétés de financement spécialisées (finance companies) accordent des crédits aux ménages ou aux entreprises dans des domaines aussi variés que le crédit automobile, le leasing d’équipements ou le crédit à la consommation. Contrairement aux banques, elles ne collectent pas de dépôts. Elles se financent directement sur les marchés, en émettant des obligations ou des billets de trésorerie, ou en ayant recours à la titrisation de leurs portefeuilles de prêts. Elles exercent donc une activité très proche de celle des banques traditionnelles, mais sans être soumises aux mêmes exigences prudentielles.
En Europe, de nombreuses filiales de constructeurs automobiles et les relèvent de cette catégorie : elles financent les achats de véhicules en accordant des prêts ou des contrats de location, puis titrisent ces créances pour se refinancer sur les marchés.
Les assureurs et les dérivés de crédit
Certaines compagnies d’assurance se sont engagées, au-delà de leur activité classique, dans des opérations de garantie financière relevant pleinement du Shadow Banking.
L’instrument emblématique de cette dérive est le CDS (Credit Default Swap), un produit dérivé par lequel un vendeur s’engage à compenser l’acheteur en cas de défaut d’un emprunteur ou d’un titre obligataire donné.
Le vendeur de CDS perçoit une prime régulière en échange de cette protection, un peu comme une prime d’assurance. Le cas le plus célèbre est celui d’AIG (American International Group), qui avait vendu des quantités massives de CDS adossés à des titres de créances immobilières, sans disposer des réserves suffisantes pour honorer ses engagements en cas de retournement du marché.
Shadow Banking et Shadow Money
De la même manière que le système bancaire traditionnel émet de la monnaie, le système bancaire de l’ombre s’appuie sur un certain nombre de dettes assimilables à de la monnaie pour financer ses activités.
Les parts de fonds monétaires
Les parts de fonds monétaires constituent l’une des formes les plus claires de monnaie de l’ombre. Comme nous l’avons vu, les fonds monétaires investissent dans des titres de créance de très court terme et maintiennent une valeur stable, souvent fixée à un dollar ou un euro par part.
Pour l’investisseur, détenir des parts de fonds monétaires revient quasiment à détenir des dépôts bancaires : elles sont perçues comme sûres, liquides, et mobilisables à tout moment. Elles servent d’ailleurs fréquemment de « réserve de cash » pour les entreprises et les investisseurs institutionnels.
Cela peut sembler étrange de considérer comme monnaie un actif qui ne peut pas être utilisé en tant que tel : faire ses courses, payer son loyer…
La réflexion des économistes est de dire : « quelle différence y-a-t-il entre de la monnaie, et un actif qui permet d’obtenir très rapidement une quantité fixe de monnaie ? ». La réponse, semble-t-il, est qu’il n’y a pas de différence fondamentale, en tout cas tant que la conversion vers la monnaie est effective.
Pourtant, contrairement aux dépôts bancaires, ces parts ne sont pas couvertes par une assurance des dépôts et ne bénéficient pas du soutien de la banque centrale en cas de crise de liquidité. Leur stabilité repose sur la qualité des actifs sous-jacents et sur la confiance des investisseurs. Lorsque cette confiance s’effrite, comme cela s’est produit en 2008, les retraits massifs peuvent déstabiliser l’ensemble du système, à l’image d’une ruée bancaire sur des dépôts.
Les repurchase agreements
Un repurchase agreement (en français « pension livrée »), ou simplement repo, est légalement un contrat d’achat-revente d’un actif.
Un agent A vend un actif contre du cash à un agent B, et s’engage à le racheter ultérieurement à un prix légèrement supérieur. La fonction économique d’un repo est en réalité celle d’un prêt sécurisé : le vendeur de l’actif se retrouve temporairement en possession de liquidités qu’il devra « rendre » à l’acheteur en rachetant l’actif.
La situation est très similaire à un prêt sur gage : l’emprunteur (le vendeur de l’actif) dispose de fonds pour une période donnée, en échange d’une garantie, le « collatéral », qu’il fournit au prêteur. Le prêteur ne lui rendra ce collatéral que lorsque l’emprunteur le remboursera. La différence entre le prix de vente et le prix de rachat constitue l’intérêt du prêt.
Les repos sont utilisés de manière intensive sur les marchés financiers, en particulier entre les banques, mais aussi par les banques centrales. La politique monétaire conventionnelle moderne est d’ailleurs majoritairement implémentée via des repos : la banque centrale prête des réserves aux banques commerciales, en échange d’un collatéral, sur une durée très courte, en imposant un taux d’intérêt qu’elle fixe elle-même (le fameux taux directeur).
Mais quel rapport avec la monnaie de l’ombre ? Pour beaucoup d’économistes monétaires, le repo est un moyen privilégié pour les banques d’« économiser » sur leurs dépôts.
Prenons l’exemple d’une banque d’investissement qui souhaite acquérir des obligations d’État dans une perspective de long terme. Elle achète ces obligations à un fonds d’investissement, en créditant le compte de dépôt du fonds : la taille de son bilan augmente. Cependant, ce nouveau dépôt pose un problème aux deux parties :
- Pour la banque, il représente un risque de liquidité : le fonds peut à tout moment exiger un transfert de ses dépôts vers une autre banque, mobilisant des ressources liquides précieuses.
- Pour le fonds, il représente un risque de crédit : si la banque fait faillite, le dépôt pourrait ne pas être remboursé intégralement.
Le repo offre une solution élégante à ce problème. Au lieu de maintenir un simple dépôt, la banque et le fonds peuvent transformer cette relation en repo : la banque « vend » temporairement les obligations au fonds (qui les détient comme collatéral) en échange de liquidités, avec l’engagement de les racheter. Le fonds se retrouve dans une position bien plus sûre qu’avec un simple dépôt, puisqu’il détient un actif tangible en garantie. Et la banque, de son côté, réduit la pression sur sa liquidité. Le repo agit donc comme un substitut fonctionnel au dépôt bancaire.
L’ensemble de ces instruments (parts de fonds monétaires, repos, ABPC…) forme ainsi un véritable système monétaire parallèle.
Quand tout va bien, il a tendance à se gonfler, bien plus que la monnaie classique. Cependant, en cas de crise, les investisseurs perdent confiance dans ces nouvelles formes monétaires, et font tout pour récupérer rapidement de la monnaie « classique » (et garantie par l’État et la banque centrale).
Le poids du Shadow Banking dans le monde
Le Shadow Banking a pris une place de plus en plus importante à partir des années 1980, et joue un rôle important dans la crise de 2008.
Malgré les réformes engagées post-crise, le Shadow Banking n’a pas reculé. Il a même considérablement grossi.
Selon les données du Conseil de stabilité financière (FSB), les actifs de l’intermédiation financière non bancaire représentaient environ 257 000 milliards de dollars en 2024, donc plus de la moitié des actifs financiers mondiaux.
Cette croissance est particulièrement marquée aux États-Unis, qui demeurent le principal foyer du Shadow Banking, mais aussi en Europe et en Asie, notamment en Chine où un système bancaire de l’ombre s’est développé à grande vitesse au cours de la dernière décennie.
Plusieurs facteurs expliquent cette expansion. D’un côté, le durcissement de la régulation bancaire après la crise, avec notamment les accords de Bâle III imposant aux banques des exigences de fonds propres et de liquidité plus stricte a mécaniquement poussé certaines activités vers le secteur non bancaire, là où les contraintes sont moindres.
De l’autre, l’environnement de taux d’intérêt très bas qui a prévalu pendant plus d’une décennie a incité les investisseurs à chercher du rendement dans des véhicules moins régulés.
Cette tendance n’est pas en soi néfaste. Le Shadow Banking contribue à diversifier les sources de financement de l’économie et à répartir les risques entre un plus grand nombre d’acteurs. Mais l’augmentation de sa taille pose des questions de stabilité financière. Plus le système bancaire de l’ombre est important, plus les interconnexions avec le système bancaire traditionnel sont denses, et plus un choc dans l’un peut se transmettre rapidement à l’autre. Or, les outils de surveillance restent imparfaits : les données sur les activités du Shadow Banking sont souvent lacunaires, et les régulateurs peinent à suivre l’innovation financière.
Le Shadow Banking sera-t-il au cœur de la prochaine crise ?
La question revient régulièrement dans les débats entre économistes et régulateurs, et la réponse, comme souvent en économie, est incertaine. Plusieurs éléments invitent toutefois à la vigilance.
Premièrement, la taille du secteur n’a jamais été aussi importante, ce qui signifie que l’ampleur des pertes potentielles en cas de retournement est elle aussi sans précédent. Deuxièmement, certaines poches de risque identifiées rappellent des dynamiques observées avant 2008.
Le marché du crédit privé (private credit), par exemple, a connu une croissance spectaculaire ces dernières années : des fonds d’investissement accordent directement des prêts à des entreprises, souvent fortement endettées, en dehors de tout cadre bancaire. Ces prêts sont peu liquides, difficiles à évaluer, et leur qualité de crédit pourrait se détériorer rapidement en cas de ralentissement économique.
Troisièmement, les épisodes récents de stress financier ont mis en lumière des vulnérabilités persistantes. En mars 2020, au début de la pandémie de Covid-19, le marché du repo et les fonds monétaires ont de nouveau été sous forte tension, nécessitant une intervention massive des banques centrales. En septembre 2022, la crise des fonds de pension britanniques a montré comment un choc sur les taux d’intérêt pouvait se propager à grande vitesse à travers des instruments de l’ombre, menaçant la stabilité de l’ensemble du système financier.
Pour autant, il serait inexact de dire que rien n’a changé depuis 2008. La régulation des fonds monétaires a été renforcée, la titrisation est mieux encadrée, et les exigences de transparence ont progressé. Le Conseil de stabilité financière surveille activement le secteur et publie chaque année un rapport détaillé sur ses évolutions. Mais les régulateurs font face à un défi structurel : chaque nouvelle contrainte imposée au système bancaire traditionnel risque de pousser davantage d’activités vers le système de l’ombre, dans une course sans fin entre régulation et innovation financière.
Bonjour,
Concernant le Crowdfunding il ne faut pas oublier qu’il est encadré et régulé en France depuis 2014 par les autorités de contôle prudentiel.