Indicateur de privation matérielle et sociale

la finance pour tous

La pauvreté recouvre réalités multiples et difficiles à saisir dans leur globalité. Au-delà des ressources monétaires, la manière dont les individus peuvent ou ne peuvent pas accéder à des biens et des services jugés essentiels constitue une dimension fondamentale du bien-être. C’est précisément ce que cherche à mesurer l’indicateur de privation matérielle et sociale, élaboré à l’échelle européenne et suivi chaque année en France par l’Insee.

Qu’est-ce que la privation matérielle et sociale ?

La privation matérielle et sociale est un indicateur statistique qui mesure la part de la population ne pouvant accéder, pour des raisons financières, à un certain nombre de biens ou de services considérés comme souhaitables, voire nécessaires, pour mener une vie décente dans nos sociétés contemporaines.

Une personne est dite « en situation de privation matérielle et sociale » dès lors qu’elle cumule au moins cinq privations parmi une liste de treize éléments définis au niveau européen. Cet indicateur est produit dans le cadre de l’enquête SRCV (Statistiques sur les ressources et les conditions de vie), version française de l’enquête européenne EU-Silc.

Chaque année, plus de 17 000 ménages, soit environ 38 000 personnes, y répondent en France. Les personnes vivant hors logement ordinaire (sans-abri, foyers, établissements spécialisés…) ne sont pas incluses dans l’échantillon, ce qui implique que les résultats sont à interpréter comme un plancher.

Les treize éléments constitutifs de l’indicateur de privation matérielle et sociale

La liste des treize éléments couvre deux dimensions : une dimension individuelle et une dimension du ménage. La première concerne des privations touchant directement la personne interrogée, la seconde s’applique à l’ensemble du foyer.

Liste des éléments de la privation matérielle et sociale (au niveau individuel et du foyer)

  • Ne pas pouvoir d’acheter des vêtements neufs
  • Ne pas posséder deux paires de chausses en bon état pour des raisons financières
  • Ne pas pouvoir se réunir avec des amis ou de la famille autour d’un verre ou d’un repas au moins une fois par mois pour des raisons financières
  • Ne pas pouvoir dépenser une petite somme pour soi-même sans avoir à consulter les autres membres du ménage
  • Ne pas pouvoir avoir régulièrement une activité de loisir payante par manque de moyens financiers
  • Ne pas avoir accès à Internet pour un usage privé par manque de moyens financiers.
  • Avoir des arriérés de traites d’achats à crédit, loyers, emprunts ou factures d’eau, de gaz, d’électricité ou de téléphone
  • Ne pas pouvoir faire face à des dépenses imprévues d’un montant d’environ 1 000 euros
  • Ne pas pouvoir chauffer suffisamment son logement pour des raisons financières 
  • Ne pas pouvoir se payer une semaine de vacances dans l’année hors du domicile
  • Ne pas pouvoir remplacer des meubles usés ou abîmés pour des raisons financières
  • Ne pas pouvoir manger de la viande ou du poisson (ou équivalent végétarien) tous les deux jours pour des raisons financières
  • Ne pas pouvoir manger de la viande ou du poisson (ou équivalent végétarien) tous les deux jours pour des raisons financières

Évolution de la privation matérielle

La série est disponible depuis 2013, et permet ainsi d’identifier plusieurs phases dans l’évolution de la privation matérielle et sociale en France.

Le taux est resté relativement stable, entre 11 % et 12,9 %, pendant toute la décennie 2013-2020. La crise sanitaire de 2020-2021 a même provoqué un recul temporaire, le taux tombant à 10,5 % en France métropolitaine début 2021, phénomène probablement lié aux transferts sociaux massifs mis en place durant cette période.

Le tournant s’est produit à partir de 2022, avec la résurgence de l’inflation.

Proportion de personnes en situation de privation matérielle et sociale

Qui est le plus exposé à la privation matérielle ?

L’indicateur révèle des inégalités profondes selon les caractéristiques socio-économiques des individus. Le statut d’occupation du logement constitue l’un des clivages les plus marquants : les locataires du parc social sont exposés à un taux de privation particulièrement élevé, plus de huit fois supérieur à celui des propriétaires non-accédants. Cette disparité reflète en grande partie les différences de revenus et de patrimoine entre ces populations.

À lire aussi sur notre site

En vidéo

Comment mesure-t-on les inégalités ?En vidéoBien comprendre le concept d’inégalité, par nature pluriel, est donc primordial. Comment, par exemple, mesure-t-on...

Le niveau de diplôme joue également un rôle structurant. Les personnes sans diplôme présentent un taux de privation de 26,6 % en 2025, soit plus de six fois celui des diplômés du supérieur (4,3 %). L’écart ne s’est pas réduit au fil du temps : entre 2020 et 2025, toutes les catégories ont vu leur taux progresser, y compris les plus diplômées.

Bien sûr, le type d’emploi joue également un rôle. Les cadres et les professions intermédiaires sont les moins touchés, au contraire des chômeurs et des ouvriers. Là encore, le type d’emploi n’est qu’un reflet des différences de revenu et de patrimoine.

Privation matérielle en fonction de l'emploi

À lire aussi sur notre site

Données sur les inégalités salarialesSalaires : une moyenne trompeuse Le revenu salarial médian en France est, en 2023 selon...

Quelles sont les privations matérielles ?

Au-delà du taux global, l’enquête documente la privation élément par élément. Certaines touchent une fraction importante de la population, bien au-delà des seules personnes classées « en situation de privation ».

Ainsi, plus de 28 % des ménages déclarent ne pas pouvoir faire face à une dépense non prévue de 1 000 euros. À l’inverse, l’impossibilité financière de disposer d’Internet à domicile ne concerne plus que 1,3 % de la population, signe de la démocratisation de cette ressource.

Quelles sont les privations matérielles ?

Un indicateur qui reflète le bien-être subjectif

La privation matérielle et sociale n’est pas seulement un fait économique : elle se traduit directement dans le ressenti des individus.

Les personnes cumulant cinq privations ou plus s’attribuent une satisfaction dans la vie de 5,5 sur 10 en moyenne, contre 7,7 pour celles ne subissant aucune privation. Cet écart semble stable dans le temps, ce qui suggère que la privation génère un malaise structurel et persistant, indépendant des fluctuations conjoncturelles.

La confiance envers les autres suit la même logique : les personnes en situation de privation matérielle et sociale font nettement moins confiance aux inconnus que le reste de la population.

Satisfaction dans la vie selon la privation matérielle et sociale

Ces résultats rappellent que la privation, au-delà de ses effets immédiats sur le niveau de vie, érode le lien social et le sentiment d’appartenance à une communauté.

0 commentaire

Commenter