Qu’est-ce que la privation matérielle et sociale ?
La privation matérielle et sociale est un indicateur statistique qui mesure la part de la population ne pouvant accéder, pour des raisons financières, à un certain nombre de biens ou de services considérés comme souhaitables, voire nécessaires, pour mener une vie décente dans nos sociétés contemporaines.
Une personne est dite « en situation de privation matérielle et sociale » dès lors qu’elle cumule au moins cinq privations parmi une liste de treize éléments définis au niveau européen. Cet indicateur est produit dans le cadre de l’enquête SRCV (Statistiques sur les ressources et les conditions de vie), version française de l’enquête européenne EU-Silc.
Chaque année, plus de 17 000 ménages, soit environ 38 000 personnes, y répondent en France. Les personnes vivant hors logement ordinaire (sans-abri, foyers, établissements spécialisés…) ne sont pas incluses dans l’échantillon, ce qui implique que les résultats sont à interpréter comme un plancher.
Les treize éléments constitutifs de l’indicateur de privation matérielle et sociale
La liste des treize éléments couvre deux dimensions : une dimension individuelle et une dimension du ménage. La première concerne des privations touchant directement la personne interrogée, la seconde s’applique à l’ensemble du foyer.
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Liste des éléments de la privation matérielle et sociale (au niveau individuel et du foyer) |
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Évolution de la privation matérielle
La série est disponible depuis 2013, et permet ainsi d’identifier plusieurs phases dans l’évolution de la privation matérielle et sociale en France.
Le taux est resté relativement stable, entre 11 % et 12,9 %, pendant toute la décennie 2013-2020. La crise sanitaire de 2020-2021 a même provoqué un recul temporaire, le taux tombant à 10,5 % en France métropolitaine début 2021, phénomène probablement lié aux transferts sociaux massifs mis en place durant cette période.
Le tournant s’est produit à partir de 2022, avec la résurgence de l’inflation.
Qui est le plus exposé à la privation matérielle ?
L’indicateur révèle des inégalités profondes selon les caractéristiques socio-économiques des individus. Le statut d’occupation du logement constitue l’un des clivages les plus marquants : les locataires du parc social sont exposés à un taux de privation particulièrement élevé, plus de huit fois supérieur à celui des propriétaires non-accédants. Cette disparité reflète en grande partie les différences de revenus et de patrimoine entre ces populations.
Le niveau de diplôme joue également un rôle structurant. Les personnes sans diplôme présentent un taux de privation de 26,6 % en 2025, soit plus de six fois celui des diplômés du supérieur (4,3 %). L’écart ne s’est pas réduit au fil du temps : entre 2020 et 2025, toutes les catégories ont vu leur taux progresser, y compris les plus diplômées.
Bien sûr, le type d’emploi joue également un rôle. Les cadres et les professions intermédiaires sont les moins touchés, au contraire des chômeurs et des ouvriers. Là encore, le type d’emploi n’est qu’un reflet des différences de revenu et de patrimoine.
Quelles sont les privations matérielles ?
Au-delà du taux global, l’enquête documente la privation élément par élément. Certaines touchent une fraction importante de la population, bien au-delà des seules personnes classées « en situation de privation ».
Ainsi, plus de 28 % des ménages déclarent ne pas pouvoir faire face à une dépense non prévue de 1 000 euros. À l’inverse, l’impossibilité financière de disposer d’Internet à domicile ne concerne plus que 1,3 % de la population, signe de la démocratisation de cette ressource.
Un indicateur qui reflète le bien-être subjectif
La privation matérielle et sociale n’est pas seulement un fait économique : elle se traduit directement dans le ressenti des individus.
Les personnes cumulant cinq privations ou plus s’attribuent une satisfaction dans la vie de 5,5 sur 10 en moyenne, contre 7,7 pour celles ne subissant aucune privation. Cet écart semble stable dans le temps, ce qui suggère que la privation génère un malaise structurel et persistant, indépendant des fluctuations conjoncturelles.
La confiance envers les autres suit la même logique : les personnes en situation de privation matérielle et sociale font nettement moins confiance aux inconnus que le reste de la population.
Ces résultats rappellent que la privation, au-delà de ses effets immédiats sur le niveau de vie, érode le lien social et le sentiment d’appartenance à une communauté.
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