Le constat de départ est celui d’un positionnement intermédiaire de l’industrie française dans le commerce mondial des produits manufacturés, avec une offre de produits « moyen de gamme ».
Cette offre subit de plus en plus la concurrence des produits de pays émergents (la Chine par exemple) à bas coûts de production mais à qualité en constante augmentation. Elle ne peut y échapper faute de pouvoir monter rapidement vers le « haut de gamme » où le facteur prix est secondaire par rapport au facteur qualité dans le choix du consommateur.
La compétitivité des entreprises industrielles françaises se dégrade depuis plusieurs années
Ceci se reflète à travers différents indicateurs :
Solde de la balance courante
Le solde de la balance courante est quasi-systématiquement déficitaire depuis 2019. À l’exception de quelques produits phares dans le luxe, l’aéronautique ou l’agro-alimentaire, le secteur manufacturier français reste fortement exposé à la concurrence internationale. Cela traduit des fragilités de compétitivité dans certains secteurs, même si la situation varie selon les marchés.
Cependant, regarder la seule balance courante (qui donne une vision plus large que la seule balance commerciale puisqu’elle inclut notamment les échanges de services) n’est pas suffisant. En effet, la balance courante peut être déficitaire non pas du fait de la faiblesse des exportations, mais parce que les importations sont très dynamiques.
Croissance des exportations
Toutefois, dans le cas français, on constate bien que la croissance des exportations a été inférieure aux autres pays avancés.
Dans le classement mondial des pays les plus compétitifs établi par le World Economic Forum (WEF) pour l’année 2025, la France figure au 32e rang sur 69 pays.
Pour les experts du WEF, la réglementation du travail, la taxation des entreprises ainsi que les lacunes croissantes sur l’efficacité des politiques publiques et le cadre législatif des affaires sont les principaux facteurs qui handicapent le plus l’économie française.
Les raisons de cette perte de compétitivité
Les raisons tiennent essentiellement à la conjugaison de trois éléments constatés depuis la crise de 2007/2008.
Une croissance des salaires supérieure aux gains de productivité
Depuis 2011, les salaires ont augmenté dans l’industrie manufacturière à un rythme de 3 % en moyenne annuelle alors que la productivité ne progressait que de 1 % par an. La période post-Covid n’a pas changé la donne : face à l’inflation, les salaires ont été fortement augmenté en 2022 et 2023 sans que la productivité ne suive au même rythme.
Dégradation de la rentabilité des entreprises françaises
Elle se traduit aujourd’hui par le fait que leur taux de marge figure parmi les plus faibles en Europe : selon l’INSEE, le taux de marge s’établit à 32,2% en France en 2024, un niveau nettement inférieur à la moyenne de la zone euro. Cependant, le taux de marge connait une évolution contrastée : il s’est légèrement accru à partir de 2017, notamment du fait de la mise en place du CICE et, temporairement en 2021, en raison des aides d’urgence liées à la crise sanitaire.
Faiblesse de l’investissement productif
Le taux d’investissement des entreprises (non financière) françaises a longtemps oscillé autour de 24-25 % sans tendance marquée. C’est surtout depuis 2016 qu’il a commencé à se dégrader, avant un rebond entre 2020 et 2023 porté par les dispositifs post-Covid et le plan France 2030. Ce rebond n’aura été que de courte durée : en 2024, le taux d’investissement chute à son plus bas niveau depuis 20 ans.
Ce recul est préoccupant. Un investissement insuffisant aujourd’hui est synonyme d’une productivité plus faible demain, et une compétitivité hors-prix qui ne peut pas se redresser. Car c’est bien par l’investissement dans les équipements, la robotisation et l’innovation que les entreprises industrielles peuvent monter en gamme et s’affranchir de la seule concurrence par les coûts.
Ainsi, les coûts salariaux élevés par rapport à la productivité, les marges dégradées et la baisses des investissements se renforcent mutuellement : la faiblesse de l’investissement productif et l’obsolescence de l’outil de production rendent difficile la réalisation de gains de productivité globale qui permettent de compenser la hausse des coûts salariaux. Il s’ensuit une perte de compétitivité-prix que les entreprises françaises compensent en rognant sur leurs marges. La faiblesse de celles-ci a pesé sur l’autofinancement des entreprises et a de ce fait obéré leurs capacités d’investissements productifs.
La politique de l’offre menée par le gouvernement vise à casser cette spirale négative en rétablissant la compétitivité et les marges des entreprises via une baisse des charges salariales.
Les limites de la politique d’offre
Si une politique d’offre s’avère, pour ses partisans, indispensable pour restaurer la compétitivité des entreprises françaises, il n’en reste pas moins que ces dernières sont aussi confrontées à une consommation des ménages qui reste peu dynamique en France et dans toute la zone euro.
Or, sur ce point, la politique de l’offre n’est pas la solution. En outre, les résultats attendus de cette dernière ne peuvent être escomptés qu’à moyen/long terme, le temps que les entreprises françaises reconquièrent des parts de marché et que cela se traduise par une reprise de leurs investissements.
A court terme, la politique d’offre ne permettra donc pas à elle seule un redémarrage de l’activité économique et une baisse du chômage.
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