Pourquoi mener une politique de l’offre aujourd’hui en France ?

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La France peine à soutenir ses exportations et la hausse de la consommation est, plus que dans d’autres pays, satisfaite par les importations. Faut-il donc mener une politique de l’offre, c’est-à-dire stimuler la capacité de production des entreprises ?

Le constat de départ est celui d’un positionnement intermédiaire de l’industrie française dans le commerce mondial des produits manufacturés, avec une offre de produits « moyen de gamme ».

Cette offre subit de plus en plus la concurrence des produits de pays émergents à bas coûts de production mais à qualité en constante augmentation. Elle ne peut y échapper faute de pouvoir monter rapidement vers le « haut de gamme » où le facteur prix est secondaire par rapport au facteur qualité dans le choix du consommateur.

La compétitivité des entreprises industrielles françaises se dégrade depuis plusieurs années

Ceci se reflète à travers différents indicateurs :

  • le solde de la balance courante, systématiquement déficitaire depuis 2007. A l’exception de quelques produits phares dans le luxe, l’aéronautique ou l’agro-alimentaire, le secteur manufacturier français, qui génère 70 % des exportations totales, a de plus en plus de difficultés à s’imposer dans la concurrence internationale. C’est le signe que l’industrie française n’est pas assez compétitive et adaptée pour répondre aux attentes des consommateurs à l’extérieur comme à l’intérieur des frontières.

Balance courante de la France

Cependant, regarder la seule balance courante (qui donne une vision plus large que la seule balance commerciale puisqu’elle inclut notamment les échanges de services) n’est pas suffisant. En effet, la balance courante peut être déficitaire non pas du fait de la faiblesse des exportations, mais parce-que les importations sont très dynamiques.

Toutefois, dans le cas français, on constate bien que la croissance des exportations a été inférieure aux autres pays, comme le montre le graphique suivant :

Exportations de biens

  • Dans le classement mondial des pays les plus compétitifs établi par le World Economic Forum (WEF) pour l’année 2018, la France figure au 17eme rang, alors qu’en 2010, elle se classait au 15eme rang. Pour les experts du WEF, la réglementation du travail ainsi que la taxation des entreprises  sont les principaux facteurs qui handicapent le plus l’économie française.

Les raisons de cette perte de compétitivité

Les raisons tiennent essentiellement à la conjugaison de trois éléments constatés depuis la crise de 2007/2008.

Une croissance des salaires supérieure aux gains de productivité

Depuis 2011, les salaires ont augmenté dans l’industrie manufacturière à un rythme de 3 % en moyenne annuelle alors que la productivité ne progressait que de 1 % par an. Ainsi, sur cette période, les coûts salariaux unitaires se sont accrus à hauteur de 2 % en moyenne annuelle.

Dégradation de la rentabilité des entreprises françaises

Elle se traduit aujourd’hui par le fait que leur taux de marge figure parmi les plus faibles en Europe (en moyenne le taux de marge est de 31 % en France contre 38 % dans la zone euro). Cependant, le taux de marge s’est légèrement accru à partir de 2014, notamment du fait de la mise en place du CICE.

Evolution des taux de marge des entreprises françaises

Faiblesse de l’investissement productif

Les dépenses d’investissement des entreprises non financières ont chuté fortement en 2009 et ne se sont que partiellement redressées depuis. Toutefois, ce sont surtout les dépenses de construction qui ont joué un rôle moteur dans ce redressement de l’investissement. Hors construction, le taux d’investissement se révèle beaucoup moins dynamique. Principalement destiné à renouveler les capacités existantes, à mettre en conformité avec les normes et à réaliser des économies d’énergie, l’investissement productif des entreprises industrielles françaises n’a été que très partiellement orienté vers l’introduction de nouveaux processus ou technologies de production.

Ces trois éléments sont étroitement liés : la faiblesse de l’investissement productif et l’obsolescence de l’outil de production rendent difficile la réalisation de gains de productivité globale qui permettent de compenser la hausse des coûts salariaux. Il s’ensuit une perte de compétitivité-prix que les entreprises françaises compensent en rognant sur leurs marges. La faiblesse de celles-ci a pesé sur l’autofinancement des entreprises et a de ce fait obéré leurs capacités d’investissements productifs.

La politique de l’offre menée par le gouvernement vise à casser cette spirale négative en rétablissant la compétitivité et les marges des entreprises via une baisse des charges salariales. Résumé des effets attendus d’une politique de l’offre.

Les limites de la politique d’offre

Si une politique d’offre s’avère indispensable pour restaurer la compétitivité des entreprises françaises, il n’en reste pas moins que ces dernières sont aussi confrontées à une consommation des ménages qui reste peu dynamique en France et dans toute la zone euro.

Or, sur ce point, la politique de l’offre n’est pas la solution. En outre, les résultats attendus de cette dernière ne peuvent être escomptés qu’à moyen/long terme, le temps que les entreprises françaises reconquièrent des parts de marché et que cela se traduise par une reprise de leurs investissements.

A court terme, la politique d’offre ne permettra donc pas à elle seule un redémarrage de l’activité économique et une baisse du chômage.

Les effets des mesures prises pour restaurer la compétitivité-prix des entreprises, en cherchant à limiter les coûts salariaux, pourraient par ailleurs alimenter le risque déflationniste (si les coûts de production baissent, les prix de vente pourraient  diminuer également).

Deux éléments doivent par ailleurs être pris en considération :

  • D’une part, la Banque Centrale Européenne (BCE) mène une politique monétaire ultra-accommodante, c’est à dire très favorable à la distribution de crédit par les banques commerciales de la zone euro, via des baisses successives des taux d’intérêt directeurs qui sont à zéro depuis 2016. En incitant les banques à prêter à des conditions très favorables et en affaiblissant la parité de la monnaie européenne vis-à-vis des autres principales devises (dollar, livre, yen notamment), la BCE apporte ainsi une contribution importante à la stimulation de l’activité économique de la zone euro dont la France devrait bénéficier, même si cet effet est difficile à quantifier. En effet, la faiblesse des taux d’intérêt n’est pas une garantie que la demande de crédit repartira.

  • D’autre part, la Commission européenne pourrait décider de mesures de relance au niveau européen et s’engager dans le financement de projets de type grands travaux (notamment dans le domaine des infrastructures de transport et de la transition énergétique).
    Toutefois aucun consensus n’a encore émergé en ce sens ni en Allemagne, ni au sein de l’Union européenne. On touche ici les limites de la construction européenne qui a instauré une union économique et transféré au niveau supranational les décisions de politique monétaire, mais qui laisse aux Etats la responsabilité de leur politique budgétaire, même si celle-ci est encadrée par des règles communes en matière de déficit et d’endettement publics.

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