Inclusion financière

la finance pour tous

2,5 milliards d’adultes n’ont actuellement pas accès aux services financiers de base. Soit la moitié de la population adulte mondiale. Par « accès à des services financiers de base », on entend l’accès à un compte courant de base, au crédit, à une assurance et à un produit d’épargne. En cela l’inclusion financière se distingue d’autres notions proches mais plus restreintes comme bancarisation (ou inclusion bancaire), microfinance, mésofinance, microcrédit…  Elle déborde aussi le strict cadre financier car elle est une composante de l’inclusion sociale (accès des populations à des services de base comme l’emploi, la santé, le logement ou l’éducation). Elle représente de ce fait un enjeu économique et social majeur, non seulement dans les pays en développement mais aussi dans les pays développés, qui n’échappent pas à l’exclusion financière d’une partie de leur population (6% d’Européens, selon les spécialistes).

L’inclusion financière, un enjeu mondial pour le développement

Le constat

Inclusion financiere

Quelques chiffres permettent de mesurer le défi que représente aujourd’hui dans le monde, l’inclusion financière :

  • près de 75 % des adultes gagnant moins de deux dollars par jour n’ont pas de compte en banque,

  • plus de la moitié de la population vivant dans les pays en développement n’ont pas de compte en banque, contre 10 % dans les pays riches et développés ;

  • parmi les personnes ayant un compte, seul 43 % l’utilisent pour épargner ;

  • les femmes sont particulièrement désavantagées, puisque dans les pays en développement, seulement 37% – contre 46% d’hommes- disposent d’un compte bancaire.

D’après »Mesuring Financial Inclusion », the global finex database, 2012  

Les recommandations de la Banque Mondiale (2013)

Le président du groupe de la Banque mondiale a établi des cibles pour assurer d’ici 2020 l’accès universel aux services financiers à l’ensemble des adultes en âge de travailler.

Dans ce rapport, la Banque mondiale exhorte les décideurs à mettre l’accent sur des produits qui profitent d’abord aux pauvres, aux femmes et aux autres groupes vulnérables. Les services bancaires mobiles ont joué un rôle de premier plan dans la promotion de l’inclusion financière des populations à faible revenu de pays comme le Kenya, les Philippines et la Tanzanie. Les pauvres sont les premiers à bénéficier des innovations technologiques qui rendent les services financiers moins coûteux et plus faciles d’accès, explique le rapport..

Bien que plusieurs pays aient réussi à offrir l’accès aux services bancaires de base aux populations jusque-là privées de tels services, on a constaté dans certains cas que des millions de comptes bancaires restaient dormants. Pire encore, à défaut d’une saine concurrence et de règlements efficaces, beaucoup de gens obtiennent des prêts auxquels ils ne devraient normalement pas avoir droit. De plus, la promotion du crédit sans égard aux coûts qu’il entraîne a pour effet d’aggraver l’instabilité financière et économique.

Le développement de solutions alternatives à la bancarisation

Il existe des formules alternatives au compte bancaire : ce sont les opérateurs postaux qu’utilisent près d’un milliard de personnes dans le monde. En Inde en 2012 ce sont 30 millions de nouveaux comptes postaux qui ont été ouverts. La Fondation Bill et Melinda Gates s’est engagée en faveur de l’inclusion financière par les postes. Viennent ensuite les institutions de micro-finance, les prestataires de services financiers mobiles – très importants notamment en Afrique – et les autres prestataires de services financiers comme le transfert d’argent entre pays d’origine et pays d’émigration.

Le mobile banking s’est considérablement développé en Afrique. La diffusion des mobiles rend possible une offre se services bancaires sans compte bancaire, le mobile pouvant servir de carte bancaire virtuelle et stocker en toute sécurité les informations concernant le client et l’institution financière. Au Kenya, où un cinquième des habitants possèdent un téléphone portable, 68 % des adultes utilisaient cet outil pour payer leurs factures ou envoyer ou recevoir de l’argent en 2011.

L’éducation financière utile à l’inclusion financière

L’inclusion financière responsable exige aussi une meilleure connaissance des questions financières de la part des consommateurs. Une étude de la Banque Mondiale de 2013 montre que dans les pays en développement, l’apprentissage des notions financières dans le cadre d’un programme scolaire normal conçu pour le grand public a peu d’impact. L’éducation financière donnerait en revanche des résultats sensibles lorsqu’elle est dispensée à des moments clés de la vie d’une personne — par exemple,  un nouvel emploi ou une demande de prêt hypothécaire. Les gens apprennent mieux lorsque les messages financiers sont transmis par l’intermédiaire des réseaux sociaux ou par d’autres voies populaires — par exemple, les feuilletons diffusés à la radio ou à la télé (sous formes de sketchs, comme dans des séries en Afrique du Sud).

La mesure de l’inclusion financière et la Déclaration Maya

Soutenue par plus de 80 pays en développement et émergents, la Déclaration de Maya en 2011 de l’AFI (Alliance pour l’Inclusion Financière, réunissant 105 pays en développement) est la première série mondiale d’engagements mesurables pour accroître l’inclusion financière. Lors du G20 à Los Cabos, au Mexique, en juin 2012, elle a été identifiée comme un élément clé dans la promotion de l’inclusion financière au niveau mondial.

En 2012, 25 pays ont pris un total de 69 engagements dans les quatre domaines clés actuellement couverts par la Déclaration : services financiers via téléphones mobiles,  cadres réglementaires proportionnés, protection et éducation des consommateurs, collecte des données. 

L’inclusion financière dans les pays développés

Mais l’inclusion financière concerne aussi les pays développés. Le surendettement bancaire, la précarisation de travailleurs à faibles revenus, mais aussi la fermeture d’agences bancaires et postales dans les territoires, sous l’effet des mutations technologiques (internet, mobile, …), contribuent à éloigner une partie de la population de l’accès aux services bancaires.

L’inclusion financière en France

L’inclusion financière est devenue même dans les pays développés, une préoccupation sociale et économique. En France, les pouvoirs publics ont légiféré sur un contenu minimal de service bancaire : service bancaire de base gratuit, droit au compte (50 899 désignations de droit au compte en France en 2013), traitement d’une situation de surendettement (223 000 dossiers déposés auprès de la Banque de France en 2013) et octroi de micro-crédits personnels (12 000 en 2012) ou professionnels (147 000 en 2012). Ces réponses constituent ce que l’on appelle aujourd’hui la « finance inclusive ». Un plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale a été lancé début 2013.

L’inclusion financière en Europe

En Europe, la Commission Européenne a publié dès 2008 une étude sur l’inclusion financière et l’accès à un service bancaire de base.  En mai 2013,  la Commission européenne a publié une proposition de directive sur la transparence et la comparabilité des frais liés aux comptes de paiement, le changement de compte de paiement et l’accès à un compte de paiement de base.

Cette proposition  de la Commission vise à généraliser et à faciliter l’ouverture d’un compte courant pour les citoyens européens auprès de n’importe quel établissement de crédit, à assurer la transparence des tarifs et à simplifier la mobilité bancaire. 58 millions de personnes ne disposeraient pas d’un compte bancaire de base au sein de l’Union européenne. Les disparités restent très importantes entre les différents États membres. Si en France le taux de bancarisation atteint 99 %, selon la Fédération bancaire française, près de la moitié de la population en Roumanie et en Bulgarie ne dispose pas de compte courant.

 

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