Les taux négatifs créent-ils des risques nouveaux ?

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Ces dernières années ont vu l’apparition de taux négatifs, un phénomène complètement nouveau. Cette situation inédite est-elle porteuse de risques et, si oui, comment les contrôler ?

D’où viennent les taux négatifs ?

Aujourd’hui, tous les taux d’intérêt ne sont pas négatifs, ils ne le sont que sur un certain ensemble de sous-marchés comme les obligations souveraines.

L’équilibre entre l’offre et la demande de capital implique que certains prêteurs sont prêts à accepter un taux négatif, ce qui semble un peu mystérieux. Qui, en effet, serait désireux d’échanger à un prix inférieur à 0 ? Les explications sont d’ordre macroéconomique et monétaire.

Les explications macroéconomiques sont que les agents ont envie d’accumuler des liquidités pour faire face à un environnement jugé plus risqué. La régulation implique aussi que les institutions financières doivent détenir plus de liquidités. La demande pour des titres jugés pas ou peu risqués, comme les obligations d’État, est donc forte. Certains acteurs préfèrent, ainsi, rogner sur la rentabilité de leurs placements en contrepartie d’une plus grande sécurité.

L’explication liée à la politique monétaire découle des mesures prises par les banques centrales pour faire baisser les taux afin d’atteindre leurs objectifs d’inflation.

 Quels risques peuvent poser les taux négatifs ?

Cette situation de taux d’intérêt négatifs fait peser de nouveaux risques sur le système financier.

Tout d’abord, les intermédiaires financiers, qui ne peuvent pas forcément répercuter la baisse des taux sur leurs coûts de financement, pourraient être incités à prendre plus de risques pour stimuler leurs marges.

Un second risque peut être lié à l’incitation des agents (ménages, entreprises…) à s’endetter davantage lorsque les taux baissent, ce qui peut impacter la stabilité financière. En effet, du fait d’un montant de dette plus élevé, la variation des taux a plus d’impact et le capital peut être plus difficile à rembourser en cas de crise.

La réglementation macro-prudentielle peut-elle limiter les risques liés aux taux négatifs ?

La politique macro-prudentielle est un complément à la politique micro-prudentielle qui régule individuellement les institutions financières. La crise de 2008 a montré que la réglementation individuelle des banques peut être insuffisante car elle n’alerte pas sur les déséquilibres macroéconomiques.

La politique macro-prudentielle s’occupe des crises systémiques et vient en complément de la supervision individuelle des institutions. Elle dispose de deux types d’instruments : des instruments préventifs (limiter la hausse de l’endettement par exemple) et des instruments de résilience (limiter l’impact d’une crise si elle a lieu, comme l’augmentation du capital bancaire).

Les instruments de la politique macro-prudentielle ont été mis en place récemment et partiellement dans certains pays et on manque de recul pour estimer leur efficacité. De plus, l’essentiel de ces instruments se focalise sur le secteur bancaire, or le financement de l’économie se fait par d’autres types d’acteurs, et la politique macro-prudentielle n’est pas encore aussi développée sur ces autres secteurs. Il faudra donc à l’avenir renforcer la régulation macro-prudentielle sur les activités non-bancaires.

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