Les épargnants doivent-ils craindre une remontée des taux d’intérêt ?

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La remontée des taux apparaît intuitivement comme un élément favorable. C’est exact pour les nouveaux souscripteurs de produits mais pas pour ceux qui les détiennent déjà.

Explications.

Des taux d’intérêt extrêmement bas

Les taux d’intérêt sont globalement très bas en France et ce quelle que soit l’échéance. Sur le court terme, ils sont même négatifs ! Il suffit pour s’en convaincre de visualiser la courbe des taux d’intérêt élaborée à partir des données fournies par la Banque de France.

Courbe des taux

Cette courbe, relativement pentue pour les échéances les plus longues, présente la particularité d’avoir des taux courts et moyens négatifs à court terme. Cette situation conduit, sur le marché interbancaire (où les institutions financières s’échangent des liquidités), à payer un taux d’intérêt à celui à qui on prête de l’argent en contrepartie de la récupération de son capital à terme ! Cette particularité a été pilotée par la Banque Centrale Européenne (BCE) pour inciter les banques à prêter de l’argent à l’économie : leurs excédents de liquidités placés auprès de la BCE les obligent à payer des intérêts alors que si elles les prêtent à moyen/long terme, elles percevront des taux d’intérêt positifs.

Rendement annuel des produits réglementés, assurantiels et obligataires en 2018/2019
Produits d’épargne réglementésAssurance-vieObligations d’Etat
Livret ALivret de développement durable et solidaireLivrets jeunesLivret d’épargne populaireLivret bancairesPlan d’épargne logement
0,75 %0,75 %Entre 1 et 2 % selon les établissements bancaires1,25 %Selon les établissements bancaires1 %1,6 % (en moyenne en 2018)0,40 %

Il est à noter que même en rapportant peu, ces produits offrent cependant une rémunération avantageuse à l’instar du livret A, 0,75 %, alors que les taux d’intérêt de marché sont négatifs jusqu’à 2 ans et plus.

Les taux bas profitent aux marchés actions et immobiliers

Deux classes d’actifs spécifiques méritent une attention particulière : les produits actions et les produits immobiliers.

Les produits actions sont aujourd’hui avantagés par des taux d’intérêt bas et ceci pour deux raisons principales :

  • Les entreprises peuvent dégager davantage de bénéfices et de dividendes (moteurs des marchés actions) car elles peuvent se financer, hors cas d’autofinancement, par des prêts peu onéreux (charges d’emprunt peu élevées) ;
  • En outre, les épargnants pouvant supporter à court terme des fluctuations du capital (ils sont minoritaires en France !), préfèrent alors investir sur des produits actions plutôt qu’en produits de taux rapportant en l’état très peu.

Les produits immobiliers sont eux aussi très avantagés par des taux bas dans la mesure où les investisseurs, ne pouvant généralement pas financer un investissement immobilier comptant, trouveront des prêts à  taux d’intérêt très avantageux. Le tableau ci-dessous proposé par Meilleurstaux.com en est l’illustration.

Taux selon l’échéance (avril 2019)

Taux excellentTaux très bonTaux bon
15 ans0,80 %1,05 %1,32 %
20 ans1 %1,25 %1,51 %
25 ans1,25 %1,46 %1,71 %

Quelles seraient les conséquences d’une remontée des taux d’intérêt ?

Tout dépend de la nature des produits. Ainsi, on peut distinguer 4 catégories de produits :

  • 1ère catégorie : les produits d’épargne réglementée

Une remontée des taux d’intérêt avantagerait les épargnants dans la mesure où ils bénéficieraient rapidement d’une meilleure rémunération, qu’ils soient déjà titulaires de tels produits ou nouveaux porteurs. Seuls les plans d’épargne logement ont une rémunération définie contractuellement lors de leur souscription.

  • 2ème catégorie de produits : les produits obligataires et l’assurance-vie

Pour ces produits, il convient de distinguer les nouveaux titulaires et les épargnants déjà titulaires de tels produits. Les nouveaux titulaires bénéficieront de la meilleure rémunération offerte par les produits de taux. Il en va différemment des épargnants déjà porteurs. La valeur de leurs produits se dépréciera dans un premier temps jusqu’à ce que le taux de marché des obligations constituant majoritairement ou exclusivement leurs produits soit comparable aux taux des obligations nouvellement émises). La nouvelle loi Pacte permettra toutefois aux assurés d’une même compagnie d’assurance d’opter pour de nouveaux contrats éventuellement plus rémunérateurs sans novation fiscale.

S’agissant des contrats d’assurance-vie en euros, par-delà la baisse du rendement, le risque principal est que les taux remontent brusquement. Les épargnants inquiets, mais aussi attirés par des placements plus rémunérateurs, seraient alors tentés de transférer leurs avoirs pour les placer à meilleur compte. Incapables de maintenir la ­garantie en capital à tout instant qu’offre le fonds en euros, les assureurs seraient alors contraints de limiter, voire de suspendre, les possibilités de retraits pour préserver les intérêts des épargnants. C’est un tel risque qui a justifié l’édiction de l’article 49 de la loi dite « Sapin II » qui permettrait au Haut conseil de stabilité financière, en cas de menace sur la stabilité financière, de limiter ou bloquer les retraits des sommes placées en assurance vie (blocage  des sommes investis durant 3 mois éventuellement renouvelables 3 mois supplémentaires).

Dans une telle hypothèse, les épargnants ne subiraient pas  une perte financière mais une perte temporaire de liquidité récupérée au fur et à mesure du remboursement des obligations constituant le portefeuille de l’assureur.

  • 3ème catégorie : les produits actions

Les facteurs qui justifiaient une bonne tenue des marchés actions en période de taux bas vont jouer en sens inverse. Les entreprises devront se financer en empruntant à des taux plus forts et les investisseurs préféreront des produits de taux redevenus plus attractifs (qui présentent des risques plus limités).

  • 4ème catégorie : les produits immobiliers

La remontée des taux d’intérêt limitera l’attrait d’un financement par l’emprunt comme c’est aujourd’hui le cas. En outre, comme dans le cas des marchés actions, les investisseurs potentiels pourraient préférer des produits obligataires offrant un investissement moins long et plus sécable.

Mais existe-t-il un véritable risque de remontée des taux ?

La remontée des taux pourrait être le fait :

  • de déterminants internes :

– Demande de capitaux du fait de l’anticipation d’une croissance économique soutenue

– Inflation anticipée

  • De déterminants externes :

– Augmentation des taux dans d’autres zones géographiques et notamment aux Etats-Unis

Mais les anticipations de croissance mondiale sont plutôt en baisse qu’en hausse et rien ne laisse augurer, dans l’immédiat, une inflation par la demande ou par les coûts. Notons également que les craintes de remontée des taux d’intérêt affectent également l’Etat qui devrait en pareil cas augmenter le taux moyen de sa dette.

Gérer c’est toutefois prévoir. En cas de remontée des taux, il conviendra d’être vigilant et de ne pas hésiter à re-dispatcher son patrimoine pour en éviter les effets négatifs.