Fonds monétaire international

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Le Fonds monétaire international (FMI) a été créé en juillet 1944 lors d’une conférence internationale organisée à Bretton Woods dans l’Etat du New Hampshire aux Etats-Unis. Sa création résultait de la volonté des 44 pays fondateurs d’établir un cadre international de coopération économique pour éviter que ne se reproduisent les dévaluations compétitives qui avaient contribué à amplifier la grande crise des années 1930.

Aujourd’hui, le FMI regroupe 188 pays. Basé à Washington, il est dirigé depuis juillet  2011 par la Française Christine Lagarde qui a succédé à Dominique Strauss-Kahn, lequel occupait cette fonction depuis novembre 2007.

Son principal but est d’encourager la stabilité financière et la coopération monétaire internationales par l’octroi de prêts aux pays membres connaissant de graves difficultés financières. De plus en plus sollicité pour formuler des préconisations de politiques économiques, le FMI a été critiqué pour ses recommandations à destination des pays en développement, mais aussi pour celles qu’il a proposées aux pays développés pour gérer les conséquences de la crise financière de 2008.

Garant de la stabilité financière internationale

Le FMI a pour fonction première d’assurer la stabilité du système monétaire international (SMI) et la gestion des crises monétaires et financières. A cette fin, il fournit des prêts aux pays qui connaissent des difficultés financières mettant en péril la stabilité de leur système financier (banques, marchés financiers) ou les flux d’échanges commerciaux avec les autres pays.

Jusqu’en 1976, garant de la stabilité des taux de change

A l’origine, le rôle du Fonds Monétaire International était de promouvoir la stabilité monétaire afin de maintenir un contexte favorable à l’essor du commerce mondial tout en accordant des prêts à certains pays en difficultés dans le contexte de la reconstruction d’après-guerre.

Le FMI agissait alors comme le garant du bon fonctionnement du système monétaire de Bretton Woods qui était fondé sur des taux de changes fixes, ajustables marginalement : lorsque certains pays se révélaient incapables de maintenir la valeur de leur monnaie dans la marge de1 % prévue par les accords de 1944, ils pouvaient recourir à des réajustements monétaires (dévaluations ou réévaluations), avec l’accord préalable du FMI s’ils étaient supérieurs à 10 %.

Pour tenter d’éviter ce genre de situation, le FMI servait d’intermédiaire financier au profit des États membres, lesquels sont tenus de lui verser annuellement une « quote-part » dont le montant varie selon la puissance économique du pays, elle-même mesurée par le PIB et par l’importance de son commerce extérieur.

En cas de déséquilibre de sa balance des paiements risquant de menacer la valeur externe de sa monnaie, chaque pays membre pouvait obtenir automatiquement 25 % de sa quote-part (« droit de tirage »), afin de lui permettre de soutenir sa monnaie nationale en achetant celle-ci sur le marché des changes. Si le FMI le jugeait nécessaire, il pouvait prêter à ce pays jusqu’à 125 % de sa quote-part.

L’octroi de ces crédits était soumis à conditions, le pays demandeur devant s’engager dans une politique d’ajustement conseillée par l’organisation afin de remédier aux causes de la dépréciation de sa monnaie.

Par ailleurs, dans le cadre du système de Bretton Woods, chaque banque centrale nationale s’engageait à  échanger, en or ou en dollar, toute somme en monnaie nationale présentée par un détenteur étranger. Mais dans les années soixante, les Etats-Unis financent en grande partie la guerre du Viêtnam et la conquête spatiale en recourant à la création monétaire, ce qui provoque une poussée inflationniste et une perte de confiance dans la devise américaine d’autant plus vive que le stock d’or de la Fed est devenu très largement insuffisant pour lui permettre de garantir la convertibilité du dollar.

Le 15 août 1971, les États-Unis suspendent la convertibilité de dollar américain en or, mettant ainsi fin au système monétaire prévu par les accords de Bretton Woods. Le système de changes fixe disparaît définitivement en mars 1973 et le régime des changes flottants est officiellement adopté par les accords de la Jamaïque de janvier 1976.

Le rôle initial principal du FMI, garantir la stabilité des taux de change dans une marge de 1 %, disparaît alors.

Depuis 1976, le FMI pompier monétaire

A partir de 1976, le rôle principal du FMI évolue. Il consiste alors à soutenir les pays qui font appel à lui en raison des difficultés financières qu’ils rencontrent en leur octroyant des prêts destinés à garantir leur solvabilité. L’objectif de cette intervention est d’empêcher l’éclatement d’une crise financière et sa contagion à l’ensemble du système financier mondial.

Le FMI joue en quelque sorte le rôle de prêteur de dernier ressort du système financier international et apparaît ainsi comme la « banque centrale des banques centrales et des trésors publics ».

Dans le cadre des prêts qu’il accorde et de par ses statuts, le FMI se doit toutefois de garantir la bonne utilisation des fonds alloués à tel ou tel pays. Les prêts sont en effet financés sur les ressources provenant notamment des quotes-parts des pays membres. Il ne s’agit donc pas seulement de retarder la crise par l’octroi d’une aide monétaire temporaire, mais de profiter du répit pour engager les réformes qui permettront d’assurer la soutenabilité de la dette. Aussi, en contrepartie de son aide financière, le FMI exige des pays qu’il secourt qu’ils adoptent les réformes économiques qu’il préconise. Ces réformes portent le nom de « politiques ou programmes d’ajustement structurel » à la mise en place desquelles les équipes du FMI peuvent apporter une assistance technique et des offres de formation.

L’évolution du rôle du FMI avec la crise financière

La crise financière de 2008 a amené le FMI à revoir ses moyens d’intervention ainsi que ses recommandations de politique économique.

Le FMI a décidé de procéder à un renforcement de ses capacités de prêt grâce à un quadruplement de ses ressources, qui ont été portées à environ 1.000 milliards de dollars en 2013, contre 250 milliards avant la crise. Mais le doublement des quotes-parts adopté à cet effet en 2012 n’est pas encore entré en vigueur, si bien que le FMI est tributaire d’accords d’emprunts passés avec certains pays membres dans le cadre des Nouveaux Accords d’Emprunts ou d’emprunts bilatéraux. Décidés en avril 2009, ces accords d’emprunt ont été élargis en 2011. Ils représentent aujourd’hui plus des deux tiers de sa capacité totale de crédit.  

La conditionnalité du versement des prêts du FMI a également fait l’objet d’une révision à la suite du déclenchement de la crise financière de 2008 dans le sens d’une plus grande souplesse. Désormais, si les réformes structurelles continuent à être exigées, elles ne sont plus systématiquement axées sur les réductions des déficits publics et le resserrement des conditions d’octroi des crédits, mais sont davantage ciblées sur les domaines spécifiques qui apparaissent essentiels pour assurer le redressement économique du pays concerné.

Enfin, le FMI a fait évoluer sa mission traditionnelle de surveillance du système monétaire international de façon à le rendre plus efficace dans la prévention des crises. Depuis 2012, l’analyse des risques et des effets de contagion que ses équipes d’experts conduisent a été affinée et l’étude des liens entre le secteur financier, l’économie réelle et la stabilité extérieure a été approfondie. De même, dans le cadre des examens des politiques économiques des pays membres, le FMI accorde désormais davantage d’attention aux politiques structurelles.

Une institution souvent critiquée

Le FMI, de par ses statuts qui exigent que l’octroi d’un prêt soit conditionné à la mise en œuvre de programmes d’ajustement économique, est considéré par beaucoup comme une institution internationale exerçant un pouvoir d’ingérence excessif à l’égard des pays qui font appel à lui. Certains estiment qu’il joue en quelque sorte un rôle de « pompier pyromane » dont les interventions peuvent à la fois inquiéter les investisseurs internationaux au sujet du pays bénéficiaire, et donc les faire se détourner de ce pays, mais aussi provoquer l’excès inverse, les investisseurs pouvant être incités à prendre trop de risques sachant que le FMI interviendra si un défaut de paiement du pays a lieu.

Préconisations de politique économique inadaptées pour les pays en développement

De fréquentes critiques adressées au FMI considèrent que ses interventions dans les pays en développement ont aggravé la pauvreté et les dettes des pays aidés en supprimant ou diminuant la capacité d’intervention de ces Etats. Leur argument principal se base sur le fait que le FMI, via les conditions imposées pour l’octroi de ses prêts, a eu tendance à préconiser les mêmes recommandations économiques et globalement les mêmes plans d’ajustement structurel à tout pays demandeur d’aide, sans analyser en profondeur la structure de chacun. Il aurait ainsi systématiquement préconisé une plus grande ouverture aux capitaux étrangers et au commerce mondial de biens et services, la privatisation des entreprises publiques ainsi que l’austérité budgétaire.

Le FMI a également été critiqué pour sa gestion de la crise asiatique de 1997, notamment parce qu’il a imposé la suppression de tous les dispositifs d’intervention des États dans leurs économies, interventions qui avaient pourtant permis la forte croissance des décennies précédentes, et dont le FMI reconnut plus tard qu’elles ne jouaient en rien un rôle néfaste dans la crise.

L’ampleur des réformes demandées par le FMI à des économies jugées saines jusqu’alors fit en outre croire aux investisseurs internationaux que la situation de ces pays était réellement catastrophique, ce qui eut pour conséquence de renforcer le mouvement de retrait des capitaux.

Ces critiques ont amené le FMI à revoir sa façon de procéder. Désormais, le FMI accorde plus d’attention à la spécificité des besoins des pays dans lesquels il intervient et il fait preuve de plus de souplesse sur les questions touchant aux réformes structurelles. Le FMI souhaite également réserver une plus grande place aux aspects « macrosociaux », qui touchent à l’emploi et à la croissance, et à l’assistance technique pour la conception des programmes.

Le FMI n’a pas su anticiper le déclenchement de la crise financière de 2008

Un rapport rédigé par une équipe du Bureau indépendant d’évaluation (BIE) du FMI couvrant la période 2004-2007 a souligné l’incapacité de l’institution à prévoir l’éclatement de la crise financière de 2008.

Le rapport indique qu’en ce qui concerne le secteur financier aux Etats-Unis, le FMI n’a pas alerté sur la dégradation des normes d’octroi des financements hypothécaires, ni sur le risque que cette situation faisait porter aux institutions financières, mais qu’au contraire il s’est montré optimiste quant à l’efficacité de la technique de titrisation pour diluer les risques et a recommandé à d’autres pays avancés de favoriser la diffusion de ces méthodes.

Or, c’est justement l’innovation financière américaine, et plus particulièrement celle consistant à transférer les risques liés aux prêts hypothécaires « subprime » à de très nombreuses banques de par le monde, qui est à l’origine du déclenchement et de la propagation de la crise financière de 2008.

Même après l’amorce de la chute des prix de l’immobilier aux Etats-Unis, les services du FMI pensaient que les répercussions sur les institutions financières seraient minimes.

Pour certains pays avancés dotés d’une réglementation relativement plus contraignante, le FMI a préconisé l’adoption de mesures qui s’inspiraient des méthodes adoptées aux États-Unis et au Royaume-Uni. Les conseils ont notamment été centrés sur la promotion de l’innovation financière, avec peu ou aucun intérêt pour l’analyse des risques y afférents.

Face à ces critiques, le FMI a engagé des initiatives pour renforcer sa mission de surveillance des pays membres et la rendre plus efficace, notamment en analysant plus finement les risques financiers.

Le FMI est également critiqué pour ses conseils de gestion de la crise financière

Le Bureau d’Evaluation Indépendante du FMI a également publié en novembre 2014 un rapport sur la réponse que l’institution a apportée à la crise économique et financière de 2008. Il en ressort un bilan assez mitigé.

Les experts estiment en effet que les appels du FMI en faveur de politiques de relance budgétaire à l’échelle mondiale en 2008–09 ont été appropriés et opportuns, de même que l’a été son soutien aux politiques monétaires très expansionnistes conduites dans les économies avancées à partir de 2010.

Par contre, ils jugent que son approbation en 2010–11 d’une réorientation de l’assainissement des finances publiques dans quelques-uns des plus grands pays avancés était prématurée. Par ailleurs, la conjugaison d’une austérité budgétaire et d’une politique monétaire accommodante n’était pas pertinente aux yeux des auteurs du rapport, en raison des effets collatéraux négatifs des politiques d’assouplissement quantitatif des banques centrales des pays avancés sur les marchés financiers et les taux de change des pays émergents.

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