Banque mondiale

la finance pour tous

La Banque mondiale est une institution internationale créée le 27 décembre 1945. Complémentaire du Fonds monétaire international (FMI) créé en juillet 1944, elle avait pour but d’aider l’Europe et le Japon à procéder à leur reconstruction à l’issue de la Seconde Guerre mondiale.

A son origine, elle se confondait avec la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) qui est le nom qui lui avait été officiellement attribué à sa création. Aujourd’hui, la Banque mondiale est un groupe qui réunit quatre autres institutions :

  • la Société financière internationale, créée en 1956 ;
  • l’Association internationale de développement, fondée en 1960 ;
  • le Centre international de règlement des différends, établi en 1966 ;
  • et l’Agence multilatérale de garantie des investissements, mise sur pieds en 1988.

Le siège de la Banque mondiale se situe à Washington, aux Etats-Unis. Elle est dirigée depuis 2019 par l’américain David R. Malpass.

Aujourd’hui, le principal rôle de la Banque mondiale est de lutter contre la pauvreté dans le monde. Pour remplir cette mission, elle dispose de moyens financiers importants et d’une organisation spécifique. La Banque mondiale fait cependant l’objet de critiques, notamment en raison des dommages que ses interventions ont pu faire subir aux populations les plus pauvres.

La Banque mondiale œuvre pour la croissance des pays en développement et contre la pauvreté dans le monde

Si le premier prêt accordé par la Banque mondiale a été accordé à la France en 1947 dans le cadre de la reconstruction des pays européens, très rapidement l’institution s’est tournée vers les pays d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie.

Au cours des années 1950 et 1960, la Banque mondiale a ainsi été amenée à financer des projets de construction de grandes infrastructures tels que des barrages, des réseaux d’électricité, des systèmes d’irrigation ou encore des routes.

Puis, dans les années 1970, la Banque mondiale s’est fixée comme nouvel objectif la lutte contre la pauvreté. Dans ce contexte, elle a été amenée à financer des projets dans les domaines de la production alimentaire, du développement rural et urbain ou encore de la santé et de la nutrition des populations.

A partir des années 1980, la Banque mondiale a élargi ses interventions aux questions sociales, en particulier l’éducation et les communications.

Aujourd’hui, elle poursuit deux objectifs : mettre fin à l’extrême pauvreté dans le monde en l’espace d’une génération et promouvoir une prospérité partagée entre pays en développement et pays développés.

La Banque mondiale apporte son soutien aux pays en développement

En tant qu’institution internationale, la Banque mondiale intervient au profit des pays en développement en octroyant à ceux qui lui en font la demande des prêts assortis de faibles taux d’intérêt, des crédits sans intérêt ou encore des dons. Elle accorde également sa garantie pour couvrir le risque de défaut de paiement du service de la dette d’un Etat qui emprunte sur les marchés financiers. Elle intervient aussi en faveur des entreprises privées des pays en développement, soit sous forme de prise de participation (apport en fonds propres), soit sous la forme de garantie destinée à couvrir le risque de crédit pour les banques prêteuses de fonds.

La Banque mondiale intervient également en appui aux pays en développement sous la forme de conseils stratégiques, d’études, d’analyses et d’assistance technique. Ces interventions constituent d’ailleurs souvent un préalable à des opérations de financement de la Banque.

En 2019, la Banque mondiale a ainsi accordé un total de 62,3 milliards de dollars de prêts, dons, prises de participations et garanties en faveur des pays membres et de leurs entreprises privées.

Interventions de la banque mondiale dans le monde

La Banque mondiale coopère avec le FMI

Dans le cadre d’un concordat signé en 1989, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) collaborent afin d’assurer une plus grande efficacité de l’aide fournie aux pays membres. Ainsi, les évaluations du FMI sur la situation et la politique économique d’un pays sont prises en compte dans l’évaluation des projets de développement ou de réforme réalisés par la Banque mondiale.

A l’inverse, les conseils de cette dernière sur les réformes structurelles ou sectorielles sont pris en considération dans les conseils de politique économique dispensés par le FMI. Cette collaboration entre les deux institutions a notamment été formalisée dans un plan d’action conjoint qui organise la répartition des tâches et la définition des travaux à accomplir lors d’interventions au profit d’un pays donné.

La Banque mondiale dispose de moyens financiers importants

Pour financer ses interventions en faveur des pays en développement, la Banque mondiale procède à des emprunts obligataires sur les marchés financiers mondiaux. En 2019, elle a levé des fonds à hauteur de 54 milliards de dollars via des émissions obligataires libellées en 27 monnaies différentes.

Le soutien des pays membres, ainsi que la solidité financière de l’institution, lui permettent de bénéficier de la meilleure notation des agences de rating « AAA » et ainsi d’obtenir des financements à des taux d’intérêt faibles.

Le solde de ses ressources provient des 189 pays membres qui lui versent leurs quotes-parts et qui, pour les quarante plus riches, versent en outre des allocations à l’Association internationale de développement selon un rythme triennal.

La Banque mondiale fonctionne de fait comme une banque d’investissement qui emprunte sur les marchés financiers et prête les ressources obtenues à ses pays membres qui lui en font la demande. Il est toutefois très rapidement devenu évident que la Banque mondiale se finançant au taux du marché obligataire, et par conséquent prêtant à un taux très proche de celui-ci, beaucoup de pays pauvres se trouvaient dans l’incapacité de bénéficier de ses financements. En outre, les besoins de ces pays étaient surtout concentrés dans des secteurs (agriculture, éducation, social) dont la rentabilité économique est incertaine.

C’est la raison pour laquelle fut décidée la création de l’Agence internationale pour le développement (AID) en 1960. Celle-ci, à la différence de la BIRD, accorde en effet des prêts « concessionnels », c’est-à-dire à taux réduits, grâce aux fonds apportés par les pays membres les plus riches.

Par ailleurs, les statuts de la Banque mondiale ne lui permettent d’accorder des prêts qu’à des Etats ou à des entités pour lesquels ils se portent garants. De ce fait, la Banque mondiale ne pouvait intervenir qu’en faveur du secteur public. Afin de pouvoir aussi financer le secteur privé, elle a créé la Société financière internationale (SFI) en 1956 qui fonctionne comme une banque d’affaires et se doit donc d’être rentable. Le montant des financements accordés par celle-ci a atteint 19 milliards de dollars en 2019 au profit de plus de 1 900 entreprises présentes dans plus de 100 pays en voie de développement.

L’organisation de la Banque mondiale privilégie les grands pays occidentaux

Conformément aux statuts de la Banque mondiale, tous les Etats membres du FMI peuvent adhérer librement. Aussi, à l’instar du FMI, la Banque mondiale est gouvernée par ses 189 pays membres (sur un total de 193 pays membres de l’ONU), chacun ayant une voix pondérée par sa participation financière à l’organisation. De fait, cette quote-part est équivalente à la part souscrite au capital du FMI.

Quote parts des pays membres de la Banque mondiale

La gestion courante de la Banque mondiale est confiée à un conseil d’administration composé d’un président qui est également le Directeur général de l’organisation et de 25 administrateurs représentant chacun une nation ou un groupe de nations.

Le Conseil des gouverneurs de la Banque mondiale

Le Conseil des gouverneurs est l’organe de décision suprême de la Banque mondiale. Il est composé d’un gouverneur et d’un gouverneur suppléant pour chaque pays membre. Le gouverneur est nommé par les pays membres : il s’agit le plus souvent du ministre des Finances ou du dirigeant de la banque centrale. Le Conseil des gouverneurs se réunit une fois par an.

Le Conseil des administrateurs de la banque mondiale

Le Conseil des gouverneurs a délégué la plupart de ses pouvoirs au Conseil d’administration qui est composé de 25 membres. Cinq administrateurs sont nommés par les pays qui dès l’origine détenaient les quotes-parts les plus élevées (États-Unis, Japon, Allemagne, France et Royaume-Uni). La Chine, la Fédération de Russie et l’Arabie Saoudite désignent chacune leur administrateur. Les 17 autres sont élus par les 181 autres pays membres.

Le Conseil des Administrateurs supervise les activités de la Banque. Il approuve notamment les opérations de prêt ou de garantie, le budget administratif, les stratégies d’aide aux pays et les décisions touchant aux emprunts et aux finances.

Gouvernance de la Banque mondiale

Le Président de la Banque mondiale

À la fois président du Conseil des Administrateurs et chef du personnel d’administration, il est nommé par le Conseil d’administration pour un mandat renouvelable de cinq ans.

Les 25 Administrateurs peuvent proposer la candidature de ressortissants de n’importe quel pays membre de l’institution. Mais dans les faits, depuis sa création, les douze Présidents de la Banque Mondiale qui se sont succédé étaient tous Américains. Depuis les accords de Bretton Woods de 1944, il y a un accord tacite entre Américains et Européens : les premiers dirigent la Banque mondiale, les seconds le FMI.

Les effectifs de la Banque mondiale ont fortement progressé depuis sa création. A l’origine, en 1945, elle n’employait guère plus de 70 fonctionnaires. Aujourd’hui, le « groupe Banque mondiale » compte plus de 12 000 employés.

Les interventions de la Banque mondiale ont souvent été critiquées pour leur inefficacité, et récemment pour leur nocivité pour les populations les plus pauvres

La Banque mondiale est devenue au fil du temps une très grosse organisation internationale spécialisée dans l’aide au développement et la lutte contre la pauvreté et qui a vocation à intervenir partout dans le monde au profit des pays les plus pauvres. Bien que l’utilité intrinsèque de ses actions soit reconnue, beaucoup de voix se sont toutefois élevées pour dénoncer les erreurs et les échecs des interventions de la Banque mondiale. Plus récemment, celle-ci a même été accusée de causer plus de tort que de bien aux populations pauvres des pays dans lesquels elle a accordé ses financements.

Une institution critiquée pour l’inefficacité de son action en faveur du développement économique

De nombreuses critiques ont été faites sur l’action de la Banque mondiale en matière d’aide au développement. Certaines lui reprochaient d’avoir une approche trop technocratique des problèmes et d’aboutir à un gaspillage des ressources publiques au profit d’Etats autoritaires et corrompus. D’autres estimaient que l’institution internationale était trop liée aux intérêts des principaux pays financeurs, au premier rang desquels figurent les Etats-Unis, qui auraient souhaité avant tout exporter le modèle de l’économie de marché à travers les interventions de la Banque mondiale, sans se préoccuper des spécificités locales.

Le fait est que la Banque mondiale ne peut se targuer d’un bilan très flatteur de son action dans la mesure où, à l’heure actuelle, le nombre de pays pour lesquels elle est intervenue et qui ont réussi à passer du stade de pays en développement à celui de pays développés est très faible.

Mais la critique la plus acerbe et sans doute la plus pertinente à l’égard des politiques d’aide au développement de la Banque mondiale est celle qui a été formulée par William Easterly, un ancien économiste de l’institution, dans son livre publié en 2001, The Elusive Quest for Growth que l’on peut traduire par « L’improbable recherche de la croissance » ou « La quête de la croissance vouée à l’échec ».

La quête de la croissance vouée à l’échec

L’auteur estime que si les politiques d’aide au développement ont échoué, c’est  parce qu’elles étaient basées sur des concepts économiques erronés, comme en particulier le fait de systématiquement recourir au modèle de Harrod-Domar qui repose sur le postulat de proportionnalité entre investissements et croissance économique. L’application de ce modèle de développement permettait de justifier le recours à l’aide internationale et l’endettement pour les pays pauvres dans lesquels l’épargne était insuffisante, mais il oubliait une condition préalable à son efficacité : le fait qu’existe une population active suffisamment formée pour pouvoir être employée à bon escient dans les nouvelles usines ou pour utiliser efficacement les équipements financés. En outre, le modèle de Harrod-Domar avait depuis longtemps été supplanté par celui de Solow qui fait jouer aux facteurs autres que productifs (travail et capital), ce que l’on dénomme par le terme de « productivité globale des facteurs », le rôle central en matière de croissance économique.

William Easterly pointe également l’inconséquence de la Banque mondiale lorsqu’elle exigeait, en contrepartie de ses aides, la mise en place de politiques d’ajustement structurel destinées à libéraliser l’économie et à accroître la compétitivité du pays bénéficiaire. En effet, l’auteur indique qu’en réalité les pays en développement étaient enclins à truquer leur comptabilité publique de façon à faire croire qu’ils avaient atteint les objectifs assignés par la Banque mondiale, ce qui leur permettait de continuer à bénéficier de son aide, puis d’en réclamer une autre quelque temps plus tard sous prétexte que leur situation ne s’était pas améliorée. Au final, ce sont les pays les moins bien gouvernés qui recevaient le plus d’aide.

Face à l’échec flagrant des politiques d’ajustement structurel avec la montée de la pauvreté et la dégradation des indicateurs de développement humain dans les pays les moins développés durant les années 1990, la Banque mondiale a été contrainte de se livrer à son autocritique, de profondément modifier sa politique à l’égard des pays en développement et de proposer en 1999, de concert avec le FMI, la mise en place d’une stratégie de réduction de la pauvreté.

Un bilan contrasté de la politique de réduction de la pauvreté dans le monde

La Banque mondiale reconnait que sa devise « Notre rêve : un monde sans pauvreté » est encore aujourd’hui, après 75 ans d’existence, loin d’être atteinte (d’ailleurs, la devise n’est plus tellement usitée).
Elle souligne toutefois que beaucoup de progrès ont été réalisés :  

  • au cours des 40 dernières années, l’espérance de viedans les pays en développement a progressé de 20 ans — soit à peu près autant qu’entre le début de notre ère et le milieu du XXème siècle ;
  • en l’espace de 30 ans, le taux d’analphabétisme des adultes dans ces mêmes pays a pratiquement été réduit de moitié, pour tomber à 25 % ;
  • entre 1990 et 2015, le nombre de personnes qui vivent avec moins de 1,90 dollar par jour pour vivre a baissé de plus d’un milliard  dans le même temps où la population mondiale augmentait de 1,6 milliard ;
  • sur les dix dernières années, la croissance des pays en développement a dépassé celle des pays développés, contribuant dans ces pays à la création d’emplois et à l’augmentation des recettes dont a besoin l’État pour assurer les services essentiels.

La Banque mondiale ne prend pas en compte la sauvegarde des droits humains

 

« La Banque mondiale s’assied sur les droits humains. Elle les considère davantage comme une maladie infectieuse que comme des valeurs et obligations universelles. » Ces propos émanent du Rapport spécial de l’ONU sur l’extrême pauvreté et les droits humains présenté à l’Assemblée générale de l’ONU le 4 août 2015.  

Selon ce rapport, la Banque mondiale justifie son attitude en prétendant que la prise en compte des droits humains serait d’ordre politique et qu’elle-même ne serait guidée que par des considérations d’ordre économique.

Toutefois, le rapport souligne que la Banque mondiale a trouvé des justifications pour intégrer des questions qui ne faisaient pas auparavant partie de ses prérogatives comme la corruption, le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme, la gouvernance tandis que les droits humains se trouvent sur une liste réduite de questions politiques et donc hors de son champ d’action.

Cette critique à l’égard de la Banque mondiale a par ailleurs été également formulée par le Consortium international des journalistes d’investigation (CIJI) au terme d’une enquête réalisée en collaboration par le Huffington Post, The Guardian et plus de 50 journalistes dans 21 pays différents.

Cette enquête révèle qu’au cours de la dernière décennie, la Banque mondiale a financièrement soutenu des projets qui ont eu pour effet de contraindre physiquement ou économiquement environ 3,4 millions de personnes à quitter leurs terres ou logement. De même, entre 2009 et 2013, elle aurait financé à hauteur de 50 milliards de dollars des programmes présentant un risque élevé d’impacts sociaux ou environnementaux irréversibles.

L’enquête montre également que la Banque mondiale et la Société financière internationale ont accordé des financements à des gouvernements ou des entreprises privées coupables de violations des droits de l’homme, comme le rapt, l’assassinat ou la torture

Ce faisant, la Banque mondiale s’est retrouvée en totale contradiction avec les engagements qu’elle avait pris par lesquels elle promettait de favoriser un développement économique plus humain et démocratique et de ne pas porter préjudice aux populations ni à l’environnement.

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