Le rachat de titres de la dette publique par la BCE peut-il être assimilé à de la création monétaire ?

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Pour répondre à cette question, il faut distinguer les rachats qui ont été effectués par la BCE dans le cadre de son programme SMP (Security Market Programme) de ceux qui seront réalisés dans le cadre de son programme d’assouplissement quantitatif à partir de mars 2015.

Programme SMP

Le programme SMP a été lancé en mai 2010. Il consistait à racheter sur le marché secondaire les obligations souveraines des Etats de la zone euro quifaisaient face à la défiance des investisseurs qui exigeaient des primes de risques élevés pour acquérir ces titres. La BCE a ainsi procédé au rachat d’obligations du Portugal, de l’Irlande, de l’Italie, de la Grèce et de l’Espagne pour un montant total d’environ 220 milliards d’euros. Ce programme est aujourd’hui arrêté. Il a été remplacé en septembre 2012 par le programme OMT (Outright Monetary Transactions) qui n’a toutefois pas débouché sur l’acquisition de nouveaux titres par la BCE.

Ces rachats effectués dans le cadre du programme SMP n’ont pas donné lieu à de la création monétaire. En effet, si la BCE procédait bien à des injections de liquidités lors de ses rachats, elle procédait à la « stérilisation » de ses interventions. Cela signifie qu’elle intervenait auprès des banques pour retirer le même montant de liquidités que celui qu’elle leur avait apporté en rachetant les titres de la dette publique. Par exemple, si la BCE rachetait sur le marché secondaire de la dette publique des titres d’une contrevaleur de 5 milliards d’euros, elle allait dans le même temps procéder à une reprise de liquidités pour un montant global de 5 milliards d’euros également. 

L’assouplissement quantitatif

La BCE a annoncé le 22 janvier 2015 le lancement d’un programme d’assouplissement quantitatif (Quantitative Easing en anglais) portant sur le rachat sur le marché secondaire de titres obligataires souverains et privés d’un montant de plus de 1100 milliards d’euros échelonnés entre mars 2015 et septembre 2016.

Comme pour les rachats opérés dans le cadre du SMP, ceux-ci seront financés par la BCE par des injections de liquidités dans le système financier. Toutefois, ils s’en distingueront par le fait que cette injection de monnaie ne sera pas stérilisée, ce qui implique que le montant de la masse monétaire de la zone euro est susceptible de s’accroître pour autant que les euros nouvellement émis viendront se déverser dans l’économie réelle par le biais de la distribution de crédit par les banques ou par l’achat des nouvelles émissions obligataires des Etats de la zone euro. Or, cela n’est pas garanti.

En effet, les investisseurs qui recevront les liquidités de la BCE en échange de leurs titres obligataires peuvent décider de les réinvestir dans d’autres actifs financiers, comme les actions, y compris hors zone euro (obligations américaines par exemple). Les investisseurs pourraient aussi décider de conserver les liquidités. C’est le cas, en particulier, des banques de la zone euro qui détiennent un stock important de titres de la dette obligataire des Etats membres de la zone euro. Les banques pourraient apporter une partie des titres qu’elles détiennent à la BCE mais utiliser les liquidités obtenues pour se désendetter ou les placer dans leurs comptes de réserves à la banque centrale plutôt que de les utiliser pour octroyer davantage de crédits aux entreprises ou aux ménages.

Au final, il n’est donc absolument pas assuré que les euros qui seront injectés dans le système financier par la BCE lors de ses rachats d’obligations souveraines ou privées se traduiront par  une augmentation de la masse monétaire de la zone euro.  Ceci revient à dire que la création monétaire opérée par la BCE dans le cadre de son programme d’assouplissement quantitatif sera :

  • indirecte, dans le sens où elle ne peut transiter que par le canal de la distribution de crédit par les banques commerciales de la zone euro ou via le réinvestissement des liquidités dans les nouvelles émissions obligataires des Etats de la zone euro ;

  • probablement peu efficace sur la distribution de crédit par les banques, qui dépend surtout de la demande des entreprises et donc des perspectives de croissance ;

  • dépendante de la stratégie de réinvestissement des acteurs qui accepteront de vendre leurs titres à la BCE, et notamment du réemploi des liquidités obtenues de celle-ci dans l’achat de titres des nouvelles émissions obligataires des pays membres de la zone euro. On peut d’ailleurs espérer que ces réinvestissements, s’il ont lieu, se dirigeront davantage vers les titres des pays du sud de la zone euro (Espagne, Portugal et peut être Grèce) dont les taux d’intérêt sont plus attractifs que ceux des pays du nord (Allemagne, France, Pays-Bas,…) de sorte à les orienter à la baisse.

    11 commentaires sur “Le rachat de titres de la dette publique par la BCE peut-il être assimilé à de la création monétaire ?”
    1. Lorsque la BCE rachète de la dette sur les marchés financiers à travers son QE, elle emet des euros, ne contribue-t-elle pas alors à faire baisser l’euro et donc à favoriser les échanges et donc à augmenter la croissance ?

      1. Bonjour,
        En effet, le QE (et plus généralement la politique monétaire accommodante de la BCE) contribue à faire baisser l’euro ce qui stimule les exportations. Cependant, comme la plupart des pays développés ont, à des degrés divers, adopté des politiques similaires à celles de la BCE, la baisse de l’euro est restée très limitée.
        Meilleures salutations,

        L’équipe Lafinancepourtous.com

    2. Bonjour,

      Les actions ne font pas partie de la masse monétaire au sens de la BCE pour deux raisons : elles ne sont pas suffisamment liquides et elles comportent un risque de perte en capital.

      Meilleures salutations,

      L’équipe Lafinancepourtous.com

    3. Bonjour, quelqu’un peut il répondre à « pourquoi les titres tels que les actions ne font ils pas partie de la masse monétaire au sens de la BCE ? »

    4. Bonjour,

      Jusqu’en mars 2015 (date prévue du premier rachat de dette sur les marchés financiers à travers son QE), la BCE procédait à des rachats de titres financiers auprès d’investisseurs privés. Ce faisant, elle créait des euros pour acheter ces titres, mais annulait immédiatement cette création de monnaie en retirant un montant équivalent de liquidités bancaires (on dit qu’elle stérilisait ses rachats). Il n’y avait donc pas de création monétaire.

      Avec le QE lancé à partir de mars 2015, les choses changent car la BCE va racheter des obligations sur les marchés financiers. Elle va payer en euros « frais » les investisseurs privés de tous horizons (banques, assurances, fonds de pension, hedge funds, ..) qui ont achetés les titres lors de leur émission par les Etats de la zone euro, et qui accepteront de les céder à la BCE, sans procéder à la stérilisation de ses rachats. Il y aura donc potentiellement création monétaire si les agents financiers recyclent ces euros dans la sphère réelle (octroi de crédits bancaires aux entreprises ou aux ménages, achat d’obligations d’Etats de la zone euro).

      Meilleures salutations,

      L’équipe Lafinancepourtous.com

    5. Parce que dans un système capitaliste il est formellement interdit de supprimer une dette gratuitement (sauf qu’il le font quand même, et prétende stérilisé cette argent, dans les fait cette argent ne sera jamais stérilisé il ne risqueront pas de créer plus de déflation)

      En d’autre terme, nous ne sommes plus dans un système capitaliste (nous créons de l’argent gratuitement et nous le versons a qui nous voulons « ce que faisaient les sovietiques »)

    6. Bonjour,
      Le premier objectif de la Banque Centrale Européenne est de maintenir la stabilité des prix dans la zone euro (maintien de l’inflation à un niveau inférieur à 2 %) et non pas de favoriser la croissance. Cette politique permet d’assurer l’indépendance de la BCE et sa crédibilité vis à vis des acteurs de marché (selon la théorie économique). Dans le contexte de la crise des dettes souveraines, elle a en effet été amenée à intervenir sur les marchés en achetant des obligations d’Etats européens en difficulté (sur le marché secondaire) mais son objectif était de faire baisser les taux d’intérêts et non de stimuler l’activité économique. En revanche, d’autres banques centrales, comme la Réserve Fédérale américaine, ont pour principaux objectifs à la fois le plein emploi et la stabilité des prix.
      Pour plus d’informations, vous pouvez consulter notre dossier de décryptages sur la BCE :
      http://www.lafinancepourtous.com/Decryptages/Dossiers/Banque-centrale-europeenne

      Meilleures salutations,

      L’équipe Lafinancepourtous.com

    7. pourquoi la BCE stérilise t’elle ses interventions puisque son objectif est de favoriser la croissance alors que l’inflation est très faible?
      Merci

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