Banque

Le crédit

Même si son importance relative dans le financement de l’économie a reculé par rapport aux financements réalisés via les marchés financiers, le crédit reste l’un des mécanismes fondamentaux de la vie économique et de la croissance. On en mesure le caractère indispensable lorsque son robinet menace de se fermer comme ce fut le cas en 2008 du fait de la crise bancaire.

Quelques chiffres pour fixer les ordres de grandeur

Du côté des entreprises

Le crédit a représenté, en 2008, 46 % des financements externes des entreprises non financières (non comprises les entreprises individuelles) c'est-à-dire en dehors de leurs bénéfices réinvestis. Les actions en ont représenté 20 % et le recours à d’autres titres financiers que les actions (obligations, produits dérivés…) 34 %.

L’année 2008 a été exceptionnelle mais davantage du fait de la fermeture progressive des financements par actions et du recours plus massif aux autres titres financiers que du point de vue du recours au crédit. Depuis 2004 en effet les comptes de la nation font apparaitre une part des crédits dans le financement externe des entreprises à peu près équivalente à celle de 2008.

Du côté des ménages

49,4 % des ménages détiennent des crédits en 2011 pour un encours total représentant 80 % de leur revenu brut disponible. Les ménages français se sont endettés à hauteur de 1 100 milliards d’euros en 2011, soit plus de 55 % du PIB.

Un crédit immobilier accompagne l’achat d’un logement dans une large majorité des cas. Un peu plus de 30 % des ménages ont recours à l’endettement pour financer leur consommation. Les crédits à la consommation sont le plus souvent utilisés pour le financement de biens durables (automobiles et équipement de logement, micro-informatique, matériel hi-fi), pour lesquels ils représentent 60 % des dépenses.

Concurrence et régulation

Les banques ne déterminent pas seules les coûts et les conditions des crédits qu’elles accordent. Les politiques de crédit des banques restent encadrées par les règlementations prudentielles internationales et par la politique monétaire de la Banque centrale européenne.

Globalement, le crédit est plus ou moins cher en fonction du niveau des taux directeurs décidés par la BCE et de sa volonté de faciliter ou de ralentir la production de crédit par les banques en fonction de la situation de l’inflation et de la situation économique générale. Mais le crédit est aussi plus ou moins cher du fait de la capacité des banques à limiter leurs charges d’exploitation et à mettre en place des formes de crédits adaptées.

Selon différentes comparaisons internationales, il apparait que les demandeurs de crédit en France bénéficient de banques bien placées aussi bien en termes de charges d’exploitation que de marge d’intérêt.
(Consulter le rapport annuel de la Banque des Règlements Internationaux)

Crédit et risques

Faire crédit c’est prendre des risques : de non remboursement, de liquidité, de taux d’intérêt… (Voir notre article sur le contrôle interne ). L’analyse des risques pris en décidant d’un crédit est une partie intégrante du métier de banquier. Pour les entreprises, l’appréciation s’effectue notamment à partir de l’analyse des perspectives de l’entreprise, de sa situation de trésorerie, de son compte d’exploitation, de ses fonds propres, des perspectives d’évolution de la situation économique générale. Elle dépend aussi du type de crédit demandé, du projet qu’il s’agit de financer. Pour les particuliers, l’appréciation s’effectue principalement en fonction des capacités de remboursement de l’emprunteur.

La décision dépendra également des garanties qui peuvent être apportées par l’emprunteur, en cas de défaillance de sa part. Elles peuvent être constituées par ce qu’on appelle des sûretés   Définition Garantie offrant à un créancier un droit sur un bien qui lui permet d'obtenir paiement de sa créance en cas de défaillance du débiteur.
qui peuvent porter selon les cas et les types de crédit, sur des biens meubles ou sur des créances, sur des biens ou des droits immobiliers. Principales méthodes utilisées : le nantissement   Définition Contrat par lequel un débiteur remet une chose à son créancier pour sûreté de la dette.
, le cautionnement   Définition Le cautionnement est un contrat par lequel une personne, dénommée la « caution », s’engage à payer la dette d’un débiteur en cas de défaillance de ce dernier. Après avoir payé, la caution pourra se retourner contre le débiteur pour obtenir le remboursement de ce qu’elle aura versé.
, et l’ hypothèque   Définition Mise en gage d'un bien immobilier, par son propriétaire, afin d'obtenir un crédit auprès d'un établissement financier. En cas de non paiement des sommes dues, l'établissement créditeur peut utiliser cette garantie en faisant saisir le bien concerné et en le vendant par voie judiciaire afin d'obtenir le remboursement de la somme prétée et des charges.
La mise en hypothèque ne dépossède pas le propriétaire de son bien tant qu'il honore ses obligations de remboursement. Elle limite la liberté de revendre son bien tant que le remboursement complet du crédit n'est pas intervenu.
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Au lieu ou en plus de sûretés réelles, la banque peut demander des garanties personnelles. La totalité ou l’ensemble du patrimoine d’un tiers sert de garantie pour les dettes d’un débiteur. C’est lorsque les biens personnels d’un entrepreneur servent de garantie pour un crédit destiné à son entreprise.

Les principales formes de crédit

Pour les entreprises

L’entreprise a besoin de crédits à court terme pour financer son exploitation (il y a en permanence un décalage entre les rentrées et les sorties d’argent qui doit être comblé par des crédits à court terme). Principales formes de crédit utilisées pour ce type de crédit d’exploitation : le crédit par escompte   Définition Opération par laquelle un banquier met à disposition d’un client le montant de sa créance vis-à-vis d’un de ses clients (contre-partie par exemple d’un délai de paiement) en échange de l’effet de commerce sans attendre l’échéance de celui-ci. Il s’agit d’une forme souple de crédit qui peut être mise en place rapidement par le banquier. La banque peut fixer un plafond d’escompte que l’entreprise ne peut pas dépasser. C’est une forme de crédit difficile d’accès pour les entreprises en création ou de création récente.
et le crédit de trésorerie   Définition crédits bancaires à court terme n’ayant pas comme support le chiffre d’affaires réalisé et non encore encaissé. Il peut s’agir de crédits généraux (facilité de caisses ou découverts) ou de crédits spécialisés notamment pour les besoins financiers des productions à forte saisonnalité et reposant sur des garanties spécifiques.
, l’ affacturage   Définition Transfert de créances commerciales de leur titulaire à un factor qui se charge d'en opérer le recouvrement et qui en garantit la bonne fin, même en cas de défaillance momentanée ou permanente du débiteur.
Les sociétés d’affacturage peuvent être des banques ou des établissements financiers spécialisés
.
L’entreprise a également recours au crédit pour financer ses investissements, racheter des concurrents…

Elle peut alors avoir recours au crédit d’équipement   Définition Crédit accordé par une banque à une entreprise en vue du financement par celle-ci de l’acquisition de biens d’équipement (crédit d’équipement), ou de l’achat d’un immeuble ou d’un fonds de commerce (crédit d’investissement). Il s’agit d’un crédit à moyen ou long terme qui peut aller jusqu’à 20 ans. Diverses techniques peuvent être utilisées telles que l’escompte de créances renouvelables, l’avance en compte.
ou au crédit bail et le leasing. Pour le développement de ses exportations, le crédit à l’exportation   Définition Le crédit export, ou crédit acheteur, est destiné à financer un contrat d'exportation de biens ou de services signé entre un exportateur et un acheteur, lui-même importateur. Les banques s'engagent à mettre à la disposition de l'emprunteur les fonds nécessaires pour régler le fournisseur et l'emprunteur donne un mandat irrévocable aux banques de verser les fonds au fournisseur et à lui seul. Les Etats apportent un soutien public au crédit à l’exportation par l'intermédiaire d’agences publiques ou parapubliques qui apportent des garanties, des assurances ou dans certains cas des prêts à des projets d'exportation. En France, la Coface, filiale de Natixis, gère pour le compte de l’État, une large gamme de garanties destinées à favoriser le développement international des entreprises.
.

Les conditions d’accès au crédit bancaire sont différentes selon la taille des entreprises. Cela se traduit par des difficultés d’accès plus grandes pour les TPE (très petites entreprises) et dans une certaine mesure pour les PME et par des différences de coût.

Les ménages

L’activité de prêts aux particuliers s’est considérablement développée et diversifiée depuis plusieurs décennies. Ceux-ci concernent trois objets distincts : la trésorerie, la consommation et l’habitat.

Soulignons seulement quelques données caractéristiques de la situation française :

  • La croissance de l’endettement des ménages a été rapide. La dette des ménages français est passée de 50 % de leur revenu disponible en 1996 à 80 % en 2011. Mais on est resté très loin des 150 ou 180 % des Etats-Unis et du Royaume Uni. Les ménages et les banques sont restés relativement prudents. Les banques françaises ont continué d’octroyer les crédits en fonction de la capacité de revenu des ménages plutôt que sur la base de la valorisation des biens immobiliers achetés.
  • Pour autant le surendettement n’est pas semble-t-il moins fort que dans d’autres pays européens comparables et il n’a cessé d’augmenter. En 1996, 86 000 dossiers de surendettement étaient déposés auprès des instances responsables de leur traitement à la Banque de France. Ils sont passés en moyenne à 180 000 chaque année depuis 2004. La crise leur a fait passer le cap des 215 000. En juin 2012, 757 000 ménages sont en cours de désendettement.

Les liaisons dangereuses du crédit et des marchés financiers

On distingue le financement par le crédit et les financements par les marchés financiers. Mais les choses ne sont pas cloisonnées et ce sont des liaisons qui comme d’autres se sont révélées bien dangereuses.

  • Le métier des banques consiste classiquement à distribuer le crédit et à le porter jusqu’à son terme. Depuis plus d’une décennie changement de méthode. Une partie des crédits distribués par les banques ont été mis en paquet installés dans des véhicules financiers spéciaux et « renvoyés » sur les marchés financiers pour être souscrits par des investisseurs. C’est ce qu’on appelle la titrisation   Définition Technique financière qui permet à une banque de transformer en titres négociables des actifs illiquides, c'est-à-dire qui ne sont pas (ou pas facilement) vendables.
    Initialement, cette technique a été utilisée par les établissements de crédit dans le but de refinancer une partie de leurs prêts à la clientèle. Les prêts sont cédés à un véhicule juridique (trust, fiducie ou société ad hoc) qui émet en contrepartie des titres (généralement des obligations) placés sur les marchés financiers. Avec la titrisation, les risques afférents à ces crédits sont transférés des banques aux acheteurs. Cela permet de partager le risque entre de multiples acteurs.
    Cette pratique s’étend aujourd'hui à d’autres types d’actifs et d’acteurs (portefeuilles d’assurances, immobilier, créances commerciales).
    . Toutes les banques ne l’ont pas fait avec la même ampleur mais le mouvement d’ensemble a été considérable et il a dépassé les seuls Etats-Unis. La titrisation est utile, elle sert à diffuser les risques et à accroitre les possibilités de crédit. Mais les dérives ont été considérables et les banques ont été beaucoup moins attentives à la qualité des crédits distribués et aux risques pris (crédit « subprime »).
  • Le crédit sert à financer des opérations sur les marchés financiers qui peuvent être très rentables car fondées sur un fort effet de levier   Définition Effet démultiplicateur lié à la possibilité de verser une somme très réduite pour espérer gagner un montant très important (éventuellement plusieurs centaines de fois supérieur). Sur les marchés financiers, les produits dérivés sont des instruments à fort effet de levier. S'ils permettent d'accroître la probabilité de gains très importants, ils engendrent également des pertes symétriques, qui peuvent être très supérieures aux capitaux engagés. Dans une moindre mesure, l'endettement produit également un effet de levier, égal au rapport entre la somme investie et le capital utilisé pour financer l'investissement.
    grâce aux crédits bancaires mais aussi très risquées, déstabilisantes et dont l’utilité sociale n’est pas toujours bien établie. Le financement des LBO   Définition Le LBO, de l’anglais «Leverage Buy-Out », est un terme générique désignant un montage juridico-financier de rachat d’entreprise par effet de levier (« leverage »), c’est-à-dire par recours à un fort endettement bancaire.
    Pour de plus amples explications voir l'entrée "LBO" dans Les Mots de la Finance
    et des hedge funds étaient souvent donnés comme exemple de ces pratiques.
Créé le 15 février 2010 - Dernière mise à jour le 08 février 2013
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2 commentaire(s)  
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ca44 , publié le 24/03/2016 15:59

je comprend rien en pfeg

Coulondre , publié le 10/06/2012 14:53

Le credit étant considéré comme une création monétaire je ne vois pas ou cela apparait dans le bilan pas plus que dans l'exposé ci dessus

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