Pourquoi la zone Euro est menacée d’éclatement

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Ce décryptage a été rédigé à l’époque du pic de la crise de la zone euro. Il permet d’analyser les événements tels qu’ils ont été vécus sur le moment. 

Une zone monétaire sans Etat et sans budget

Le fonctionnement de la zone Euro est encadré par une politique monétaire commune conduite par la banque centrale européenne indépendante dans son action.

Son objectif central est de maintenir à moyen terme l’inflation à un niveau inférieur ou égal à 2% par an. Les règles du pacte de stabilité et du pacte de stabilité et de croissance visent à éviter que des politiques économiques trop laxistes des Etats membres ne mettent en cause la solidité de la zone.

La Banque centrale européenne et les Banques centrales des Etats membres n’ont pas le droit de financer directement les Etats membres. La solidarité entre Etats membres est interdite . Chacun doit financer sa dette sur les marchés financiers. La zone euro n’est pas une « Union de transferts ».

Ces dispositions constituent des protections contre des politiques publiques nationales pouvant mettre en danger la solidité de la monnaie commune, mais elles deviennent un facteur de fragilité en cas de crise. La spéculation peut d’autant plus attaquer les pays fragiles car les solidarités pour les financer sont en principe exclues.

Convergence des taux d’intérêt…

La crédibilité de l’Euro a permis aux pays qui avaient les taux d’intérêt les plus élevés (Grèce, Portugal, Espagne, Irlande) de converger vers les taux les plus bas dont bénéficiait l’Allemagne. D’où, dans ces pays, un développement considérable de l’endettement et la formation de bulles immobilières.

Leur explosion parallèle à la crise des subprimes aux États-Unis les a plongés dans une crise financière et économique durable. Les dangers de cette évolution n’ont pas du tout été perçus. Les instances européennes ont porté surveillé les acteurs publics et accordé une confiance excessive au fonctionnement des marchés pour réguler les acteurs bancaires et financiers privés.

Même s’agissant des secteurs publics nationaux, les règles mises en place (pas de déficit public supérieur à 3 % du PIB et pas de dérapage de l’inflation) ont détourné les regards des problèmes en train de se développer. Les convergences des niveaux d’inflation ont été fortes. Les pays aujourd’hui en difficulté étaient tous de bons élèves de la classe de la zone Euro respectueux des critères mis en place.

Mais leurs politiques budgétaires étaient beaucoup trop expansives alors que, souligne l’économiste Patrick Artus, ces politiques auraient dû « devenir très restrictives pour compenser le passage à des politiques monétaires très expansionnistes ». Or, « quand on regarde les déficits publics structurels, c’est-à-dire corrigés des effets de la croissance, on voit que des excédents structurels faibles sont apparus en Espagne et en Irlande, et que le Portugal et la Grèce ont gardé des déficits structurels ». (Natixis Eco Hebdo 15 juillet 2011).

Mais divergences croissantes des économies

Le problème sans doute le plus grave est que le fonctionnement de la zone Euro a entraîné des divergences économiques croissantes au lieu de favoriser la convergence économique des Etats membres.

Cette évolution est soulignée par des économistes français d’horizons divers (Patrick Artus, Henri Sterdyniak, Christian Saint Etienne). D’un côté l’Allemagne et les pays du nord de la zone ont mené des politiques de développement économique fondé sur l’industrie, la compétitivité et l’exportation (y compris dans le cas de l’Allemagne avec une certaine austérité salariale). De l’autre côté, les pays du Sud (dans une moindre mesure l’Irlande) se sont désindustrialisés et ont opté pour une spécialisation dans la construction et les services (tourisme mais aussi services domestiques non exportables). Le premier groupe accumule les excédents commerciaux (4% du PIB) et le second accumule les déficits.

La crise exacerbe les problèmes liés aux divergences de situation économique : la croissance potentielle des pays du sud est très faible. Un retour à la croissance dans le cadre de la spécialisation économique des années passées est très improbable.

A fortiori dans le cadre de politiques budgétaires et de crédits restrictives, et sans pouvoir dévaluer sa monnaie. Le risque est fort d’accroître encore les différences entre les deux groupes de pays en termes de croissance, de chômage et de déficits extérieurs.

Ceci n’est pas tenable sans certains mécanismes de transferts financiers et de correction des stratégies économiques des uns et des autres. Faute de quoi la zone est menacée d’explosion.

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