Fintechs

la finance pour tous

Le terme « Fin Tech » provient de la contraction des mots « finance » et « technologie ». Il fait référence aux startups technologiques qui concurrencent  les acteurs traditionnels de la banque et de la finance en proposant de nouvelles modalités de fourniture de services financiers, des plateformes de financement participatif (crowdfunding) aux outils de gestion de portefeuille en ligne en passant par les solutions de paiement sur mobiles.

Les Fintechs se développent aujourd’hui de façon très rapide car elles bénéficient d’un environnement favorable leur permettant de proposer des offres bancaires et financières innovantes et diversifiées. Cette évolution est toutefois porteuse de risques nouveaux pour la stabilité financière.

Un développement rapide des Fintechs

Les Fintech existent depuis de nombreuses années, comme le montre l’exemple du portefeuille électronique, apparu en 1998 avec Paypal. Toutefois, ce n’est que très récemment qu’elles ont connu un essor important. Selon le cabinet Accenture, les investissements annuels dans les Fintechs sont ainsi passés de 928 millions de dollars en 2008 à près de 3 milliards de dollars en 2013, soit plus du triple.

En 2014, le cabinet KPMG comptabilisait 6,7 milliards de dollars levés en capital-risque par ces sociétés à travers le monde et plus du double en 2015 (13,6 milliards de dollars).

CB Insights recense quant à lui près de 4 000 Fintechs de par le monde et avance le chiffre de 17 milliards d’euros investis dans celles-ci en 2015, soit 11 fois plus qu’en 2010.

Si les acteurs de la Fintech sont majoritairement des petites sociétés, KPMG dénombre cependant une vingtaine de « licornes », ces entreprises dont la valorisation dépasse le milliard de dollars. Elles se trouvent principalement aux Etats-Unis, mais aussi en Chine ou au Royaume-Uni. En France, on dénombre environ 150 Fintechs, mais aucune n’a le statut de « licorne ».

Un environnement favorable au développement des Fintechs

Le rapide développement des Fintechs de ces dernières années a été rendu possible par la conjugaison de plusieurs facteurs :

  • L’attrait croissant du public pour les solutions numériques,

  • Une défiance accrue vis-à-vis des banques après la crise financière de 2008,

  • Le renforcement de la réglementation financière, qui a entrainé une hausse des coûts de l’intermédiation, rendant ainsi possible l’entrée de nouveaux acteurs,

  • Les évolutions dans le domaine du stockage et de la gestion des données électroniques, avec la généralisation de « l’open data » et du « cloud » qui autorisent l’agrégation et l’exploitation de flux de données à grande échelle.

Des offres bancaires ou financières diversifiées

Les offres de services financiers ou bancaires proposées par les Fintechs peuvent être classées en trois catégories différentes : les services de paiement, les services d’investissement et les services de financement.

Les services de paiement

En raison d’une grande standardisation des opérations et de coûts fixes importants, la banque de détail, et à travers elle les services de paiement qui lui sont liés, constitue une cible idéale pour des acteurs numériques de petite taille opérant avec des charges de structure et de personnel faibles. C’est ainsi qu’en liaison avec le fort développement du commerce en ligne sont apparues au milieu des années 2000 des sociétés proposant des offres nouvelles en matière de paiement de détail (cartes, prélèvements, virements) pour un coût limité. A la fin de l’année 2015, il existait 24 établissements de paiement agréés en France, comme Hypay, Lemonway, Paytop ou Slimpay, contre seulement 3 en 2010. Leur part de marché reste toutefois faible, puisqu’en 2014, ils cumulaient 25 milliards d’euros de flux de paiement traités contre plus de 5 000 milliards d’euros de flux gérés par le système bancaire traditionnel. Aux Etats-Unis, l’impact des nouvelles solutions numériques sur les transactions bancaires est estimé à 1,1 % du marché des particuliers.

La numérisation des services de paiement peut toutefois aussi prendre d’autres formes, comme les tiers prestataires de services de paiement, qui se présentent comme des plates-formes intermédiaires entre les consommateurs et les commerçants (tels Paypal, Prosodie, Paybox, Payzen, ou encore Bluepaid) permettant à ces derniers d’accepter les paiements en ligne, ou les agrégateurs, qui proposent aux titulaires de plusieurs comptes d’en avoir une vue agrégée, de catégoriser leurs dépenses pour visionner facilement les différents postes de leur budget et de leur fournir leur solde prévisionnel chaque mois. C’est le cas par exemple de la plate-forme Money Dashboard en Angleterre, Tink en Suède ou des français Bankin et Linxo.

Les services d’investissement

Les Fintechs ont aussi investi l’activité de négociation sur les marchés financiers à travers les firmes de négociation à haute fréquence, qui constituent aujourd’hui des acteurs incontournables des marchés actions avec environ un quart des volumes traités en Europe et près de 60 % aux Etats-Unis. Utilisant des algorithmes ayant un accès extrêmement rapide aux plates-formes de transactions, ces firmes réalisent un nombre très élevé d’opérations boursières de taille modeste à très brèves échéances dans le but de multiplier les gains de faibles montants.

Les services de financement

Les plates-formes de financement participatif (crowdfunding ou crowdlending) se sont développées récemment en proposant aux TPE, PME et ETI des sources de financement alternatives au crédit bancaire classique et mieux adaptées à leurs besoins. En France, en mars 2016, on dénombrait ainsi 86 plates-formes de financement participatif. Celles-ci ont collecté en 2015 297 millions d’euros, le double de l’année précédente. Ces montants restent toutefois encore marginaux par rapport aux crédits bancaires mobilisés par les entreprises françaises,  dont les encours atteignaient 886 milliards d’euros au premier trimestre 2016.

Les Fintechs sont porteuses de risques nouveaux pour la stabilité financière

Si le développement de services numérisés proposés par les Fintechs répond aux besoins des consommateurs et des entreprises et permettent de réaliser des gains de productivité, il recèle également des risques en matière de cybercriminalité, d’argent occulte et de stabilité financière.

Les risques liés à la cybercriminalité

En raison du fait que les services qu’ils offrent le sont exclusivement via internet, les Fintechs paraissent particulièrement exposés au risque de cybercriminalité, c’est-à-dire à des infractions provenant des réseaux informatiques distants portant atteinte aux données qu’elles gèrent ou à leurs systèmes informatiques.

Compte tenu de leur petite taille et de leur surface financière réduite, la réalisation d’un tel risque aurait des conséquences graves pour la continuité d’exploitation des Fintechs, et elle pourrait par ricochet affecter les établissements bancaires classiques avec lesquels elles entretiennent des relations de partenariat.

Les risques liés à l’argent occulte

Du fait de leur petite taille et de leurs effectifs réduits, les Fintechs sont moins bien armées que les établissements bancaires classiques pour lutter contre toute utilisation indue ou frauduleuse de leurs solutions innovantes, ce qui concerne plus spécifiquement les questions liées au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme.

Des risques pour la stabilité financière

Compte tenu de la faiblesse des parts de marché du crowdfunding dans le financement de l’économie, le risque de crédit, qui résulterait de la disparition d’une ou plusieurs plates-formes de financement participatif, est aujourd’hui minime et le développement des Fintechs ne génère pas d’inquiétudes de propagation d’un risque systémique. Il en serait tout autrement si à l’avenir le crowdfunding venait à prendre une place beaucoup plus grande dans le paysage financier.

La situation est toutefois différente en ce qui concerne les firmes de négociation à haute fréquence, en raison de leur poids en termes d’apport de liquidité sur les marchés financiers. En effet, n’étant assujetties à aucune obligation réglementaire vis-à-vis des bourses et de leurs clients, elles demeurent libres de réduire subitement les liquidités qu’elles proposent sur le marché en cas de stress. Les algorithmes de transaction peuvent notamment réagir extrêmement rapidement et de façon simultanée à un évènement donné et provoquer ainsi par l’importance du mouvement une sur-réaction des prix et des volumes de titres échangés pouvant conduire au phénomène de « flash crash » -un effondrement momentané des cours boursiers- tel que celui du 6 mai 2010 où la bourse de New York avait perdu près de 10 %  en l’espace de 10 minutes avant de se reprendre par la suite.

Si par ailleurs les firmes de négociation à haute fréquence venaient à subir des pertes substantielles, en raison du fait qu’elles prennent souvent des positions similaires, l’absence d’exigence de couverture en capital pourrait conduire à des défaillances en cascades et affecter leurs contreparties de marché (banques, assurances, hedge funds,…).

La réglementation européenne MiFID 2, qui entrera en vigueur au 1er janvier 2018, prévoit bien l’instauration d’un agrément pour l’activité de négociation à haute fréquence, ainsi que des obligations de transparence et des exigences de robustesse des algorithmes de transaction, mais de l’aveu même du Gouverneur de la Banque de France dans un article de la Revue de la Stabilité Financière d’avril 2016, « cette activité reste un champ où les régulateurs – y compris aux Etats-Unis – semblent en retard persistant par rapport aux opérateurs et à la technologie ».

Les régulateurs s’organisent face à la montée en puissance des Fintechs

Dans le contexte de mutation technologique rapide induite par les Fintechs et des risques qu’ils peuvent représenter pour la stabilité financière, l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) et l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR) ont décidé de la création en leur sein de structures dédiées.

Ainsi, l’AMF a décidé de se doter d’une division « Fintech, innovation et compétitivité » avec pour objectif d’analyser les innovations en cours dans le secteur des services d’investissement et d’identifier les enjeux en matière de compétitivité et de régulation, notamment les opportunités et les risques auquel le régulateur et les investisseurs potentiels sont confrontés.

De son côté, l’ACPR vient de décider de la création d’un pôle « Fin Tech Innovation » qui sera opérationnel à compter du 1er juin 2016 et qui a vocation à devenir l’interlocuteur privilégié des Fin Tech pour les orienter dans leurs démarches d’agrément ou d’autorisation. Il a également pour mission de coopérer étroitement avec l’AMF sur des sujets communs.

 

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