Vers un prix unique de l’électricité en Europe ?

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Les tarifs de l’électricité peuvent varier du simple au triple dans l’Union Européenne. Pourtant le coût pour s’approvisionner en électricité sur le marché de gros tend à converger entre les différents pays européens. C’est sans compter sur la fiscalité qui explique une large part de cette différence.

Vers des prix d’approvisionnement convergents

Afin de sécuriser leur approvisionnement, surtout depuis l’émergence des énergies renouvelables intermittentes (éolien, solaire), et éviter des « black-out » (panne généralisée), les Etats européens cherchent à interconnecter leurs réseaux. Ces couplages permettent aux prix de gros de l’électricité de converger. Comme le réseau est régi par la règle du « merit order », c’est le prix de gros de l’électricité le moins cher qui va vers le pays le plus cher.

Dans ce mouvement d’intégration d’un marché européen de l’électricité, la France est globalement gagnante en étant exportateur net d’une électricité nucléaire dont le coût est plus faible que les centrales au gaz de la Grande-Bretagne ou de l’Italie.

Cependant, cette faculté de basculer sa production vers un autre pays est limitée par la taille des « tuyaux» entre les pays mais aussi la nécessité de mettre en place une bourse et un système de gestion du réseau communs.

Cette création d’un marché européen intégré de l’électricité a débuté en 2006 avec le couplage par les prix de la France, la Belgique et les Pays-Bas. Ils ont été rejoints par l’Allemagne et le Luxembourg en 2010 pour former la zone CWE ou Central West Europe. Au nord de l’Europe, la zone de couplage NWE ou North West Europe regroupe le Danemark, la Grande-Bretagne, les pays baltes et scandinaves ainsi que la Pologne. Cette zone s’est couplée avec la CWE en février 2014. Une nouvelle extension avec l’Espagne et le Portugal a eu lieu en mai  2014 suivi en 2015 d’un couplage avec l’Italie et la Slovénie.

Electricité : extension progressive de l'Europe

Des situations de convergence des prix de gros de l’électricité sont régulièrement enregistrées, comme le 19 janvier 2016 où pendant 1h00, les prix ont été identiques du Portugal à la Finlande.

La zone CWE est la région où l’intégration est la plus poussée grâce à des capacités d’interconnexion entre pays plus importantes et une gestion du réseau optimisée par une méthode d’allocation dite par flux ou flow based calculée directement par un algorithme. Dans cette zone, le prix a convergé 35% du temps en 2016 entre les 6 pays qui y participent.

Avec l’extension de cette méthode par flux et de nouveaux investissements pour augmenter les capacités d’échanges d’électricité entre pays, ce phénomène de convergence de prix va s’amplifier ces prochaines années.

La fiscalité, un facteur déterminant

Les différences de tarifs de l’électricité selon les pays dépendent évidemment du mode de génération de l’électricité. Dans ce domaine, la France bénéficie d’un parc nucléaire dont les investissements sont amortis ce qui lui permet d’afficher une tarification compétitive. De même, la Finlande avec un mix d’importantes ressources hydrauliques et d’énergie nucléaire est capable de fournir de l’électricité à un prix attractif.

Si la Bulgarie, la Roumanie et la Pologne affichent les prix les plus bas d’électricité en Europe c’est aussi les pays qui ont le pouvoir d’achat le plus bas parmi notre échantillon.

Tarif de l'électricité avec ou sans fiscalité

La Belgique est, elle, pénalisée par un réseau de distribution éparpillé entre de nombreuses intercommunalités : son coût est le plus élevé d’Europe (plus de 100 euros le MWh contre 50 euros en moyenne dans le reste de l’Europe).

Les ménages danois et allemands sont eux pénalisés par une lourde fiscalité qui permet de financer une politique ambitieuse de transition vers les énergies renouvelables.