Le partage global de la valeur ajoutée entre salaires et profit

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Le partage de la valeur ajoutée revêt une dimension politique forte puisqu’elle détermine la répartition des fruits de la production économique entre travail, capital, et revenus prélevés par l’Etat. Cette répartition a sensiblement évolué (en faveur du capital) dans de nombreux pays, mais pratiquement pas en France.

Un partage globalement stable

Mis à part les impôts sur la production (la taxe foncière, le versement transport…) et les cotisations sociales, la valeur ajoutée est répartie notamment entre rémunération du travail : les salaires, et rémunération du capital : le profit. Pour simplifier la présentation, nous approximons les profits à l’aide de l’excédent brut d’exploitation.

La répartition du partage de la valeur ajoutée a été globalement stable en France depuis une trentaine d’années environ.

Répartition de la valeur ajoutée

Mais cette stabilité cache des différences importantes entre pays.

Comparaisons internationales

La France fait plutôt figure d’exception en matière d’évolution des salaires dans le PIB, c’est-à-dire dans le partage de la valeur ajoutée.

En effet, si la part des salaires dans le PIB est restée quasiment stable en France depuis environ 25 ans, elle a fortement diminué dans la plupart des pays développés, ainsi que dans la majorité des pays en développement.

Cela signifie que, pour prendre le cas de l’Espagne, entre 1991 et 2013, la part de la valeur ajoutée (donc de la richesse créée) perçue par les salariés a baissé de 8 points. Le partage des fruits de la croissance s’est donc fait de plus en plus au détriment des salariés.

Variation de la part des salaires

Salaire net par tête et revenu salarial

Il convient aussi entre « salaire net par tête » et « revenu salarial par tête ». Le salaire net par tête divise la masse salariale par le nombre total de personnes en emploi, mesurant ainsi la rémunération moyenne pour quelqu’un travaillant toute l’année. Mais devant la précarisation croissante des travailleurs, il a semblé utile de développer un nouvel outil de calcul, le revenu salarial. Celui-ci ramène la masse salariale au nombre de personnes ayant travaillé durant l’année (mais pas forcément l’année entière). Le revenu salarial stagne depuis une trentaine d’années. Ceci s’explique par une baisse du nombre de jours annuellement rémunérés des salariés du secteur privé et d’une montée en puissance des contrats précaires (CDD, intérims…).

Les inégalités de rémunérations salariales

Enfin, si globalement le partage de la valeur ajoutée a peu évolué et que la part des rémunérations est restée au même niveau, cette vision ne doit pas masquer d’importantes divergences entre les entreprises (dans les PME et les entreprises de services la part des salaires dans la valeur ajoutée est plus forte) et entre les salariés eux-mêmes.

La part des salaires du sommet de l’échelle (c’est-à-dire le 1% de salariés les plus rémunérés) dans la masse salariale totale s’est nettement accrue. Elle était de 5,5 % du total des salaires versés en 1996, de 6,6 % en 2007 pour retomber légèrement à 6,3 % en 2015. Cela traduit une hausse de ces rémunérations supérieure (dans l’absolu et proportionnellement) à celle des autres salariés.

Deux divergences fortes dans l’évolution des rémunérations des salariés sont ainsi pointées : la baisse de revenu pour les salariés les plus précaires qui ne travaillent pas à temps complet ou sur toute l’année, et la forte hausse des revenus les plus élevés.

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